«Je me rends compte que j'ai été dégueulasse avec mon mari.» Entendu lundi matin cet aveu lâché sereinement à l'antenne de France-Inter. Pour son émission Toute la vie, Vicky Sommet s'interrogeait sur les conséquences du chômage sur les familles, et les couples en particulier. Sujet aride pour un jour férié, mais très bien développé, surtout par les témoignages d'auditeurs, qui appelaient pour raconter leur expérience avec une troublante sincérité. Ainsi cette dame, qui estime avoir dénigré son homme depuis son entrée au chômage: «Parfois je le haïssais de ne rien faire.» Ainsi, également, ce «Michel» qui explique avec une précision presque cruelle ses états d'âme depuis le début de son inactivité professionnelle: «J'avais perdu mon statut», «Peu à peu, notre couple s'est brisé, au fur et à mesure que je perdais ma confiance en moi».

Dans la tempête de discours provoqués, toujours, par l'horreur économique et ses ersatz, la radio, ce matin-là, a encore une fois sonné juste. En usant de ses principaux atouts: la simplicité du ton, le dépouillement et la focalisation sur la parole. A la TV, on imagine le grand raout émotionnel que ces témoignages auraient suscité: vaste plateau à l'ambiance dramatique, orné de témoins-polichinelles pour faire plus populaire, confessions soufflées à un animateur recueilli et complice usant du même registre que pour aborder les SDF et le sida. A la radio, l'auditeur concentré sur les voix et leur propos ne s'épanche pas, il ne fait qu'écouter. C'est bien plus émouvant.