Le Temps: Pour exister, il faut une métropole. Berne n’en est pas une. Le canton est-il condamné à jouer en seconde zone?

Xavier Comtesse: Une métropole, ce n’est pas qu’une question de masse critique, mais surtout un besoin de profil clair. Berne peut s’affirmer comme capitale, lieu de décisions et centre commercial. Mais il reste beaucoup à faire et à exister parmi les 220 métropoles européennes. On est en retard en Suisse, Berne ne fait que prendre le train en marche.

– Berne se restructure à l’interne et attribue des rôles à ses régions. Est-ce un modèle pour la Suisse?

– Je pense que c’est une erreur. Berne fait dans les clusters: à chaque région sa force. C’est une lecture vieillie de la «zonisation» des années 1960. Quand on «clusterise», on vise des équilibres et l’on dilue ses forces et son profil. Berne apparaît en retard d’une guerre.

– Berne, canton bilingue. Dans un monde de la communication, est-ce un atout?

– Je crains que non. La langue qui compte, c’est l’anglais. Le bilinguisme bernois prône deux langues marginales. Ce bilinguisme est certes sympathique, mais il coûte cher et présente peu d’avantages. Je ne vois pas ce que les Alémaniques en tirent comme profit. Le bilinguisme bernois, c’est du pragmatisme, une réalité avec laquelle il faut faire. Mais c’est sans vision. Tout ce qui se décide à Berne se fait oralement dans les couloirs en suisse-allemand. Il n’y a pas de place pour le français. Je vois davantage les francophones bernois dans un grand canton de l’Arc jurassien, où tous les sapins ont la même forme.

– Comment percevez-vous la place de Berne en Suisse?

– Elle est paradoxale. C’est le lieu de la régulation, mais il ne compte pas vraiment. Un peu comme Brasilia. De Zurich ou de Bâle, on le trouve ringard; de la Suisse romande, on assimile Berne à un trait d’union. Mais aussi comme la dernière ville où l’on va travailler, vers l’est. Pourtant, il y a de la place pour une ville de la décision. Les Bernois disent être une passerelle, mais ils ne font pas grand-chose pour la concrétiser. Je ne perçois pas comment Berne se met au service des autres cantons. C’est une ville et un canton où, entre les déclarations et les faits, il y a un fossé. Demandez-vous pourquoi de très nombreux fonctionnaires fédéraux romands préfèrent habiter à Fribourg plutôt qu’à Berne.