Inutile de chercher des yeux les fameux bus scolaires jaunes qui sillonnent d’ordinaire les rues et les avenues. Les écoles étaient fermées. Impossible, de toute façon, de voir quoi que ce soit dans le blizzard, où la neige, le vent glacé et les températures polaires se liguaient pour rendre douloureux les simples gestes d’ouvrir les yeux et de lever la tête. New York a rejoint, mercredi, le reste du nord-est des Etats-Unis où, de la Virginie à Boston, sévit depuis presque une semaine la plus sévère tempête de neige qu’ait connue la région depuis un siècle.

Le «corridor» entre New York et Washington, par lequel transitent habituellement des dizaines de milliers de personnes en train, en voiture ou en avion? Fermé. Depuis le début de la semaine, les habitants de la capitale fédérale sont laissés à eux-mêmes, bataillant seuls contre le mètre et demi de neige qui a tout recouvert. Le gouvernement fédéral a posé les plaques, injoignable pour la quatrième journée consécutive. Les magasins ont été pris d’assaut, les photos des internautes dévoilant des rayons dévalisés où ne subsistent plus que quelques citrons abandonnés.

Lâchant la couverture de la politique, le Washington Post se faisait l’écho d’une ville ramenée tout d’un coup à des préoccupations étonnamment terre à terre. Depuis des jours, il multiplie les conseils et les «astuces» pour que les fonctionnaires fédéraux, les membres des lobbies, les analystes politiques ou les journalistes, tous placés désormais à la même enseigne, puissent «survivre» à l’adversité. Les limiers du journal détaillaient les tracas et les démêlés d’un marchand qui n’arrivait plus à acheminer du lait en plein cœur de la capitale fédérale. Quoi qu’il en soit, on ne lit plus le Washington Post ces jours. Il n’arrive plus. Il y a trop de neige.

Le poids de la neige est tel que des toits de bâtiments menacent de s’effondrer. Les autobus ne circulent plus. Les plus courageux, qui s’étaient escrimés pendant des heures à déblayer l’entrée de leur maison ou à tenter d’extraire leur voiture ensevelie, ont été définitivement écœurés par la nouvelle couche toute fraîche de 30 centimètres qui s’est abattue mercredi sur Washington. On en promet, d’ailleurs, d’autres pour ces prochains jours…

Le long du «corridor», la situation n’est pas meilleure. A Baltimore, la maire, Stephanie ­Rawlings-Blake, a imposé l’interdiction de circuler, promettant une amende à tous ceux qui ne laisseraient pas la place aux pelles mécaniques et aux véhicules ­d’urgence.

A Philadelphie, les voies d’accès au centre-ville ont été coupées. Dans le Maryland et le Delaware, des dizaines de milliers de personnes étaient privées d’électricité. L’état d’urgence a été déclaré.

Pourquoi une telle quantité de neige? Les météorologues mettent en avant les caprices d’El Niño et le réchauffement cyclique des eaux du Pacifique qui provoque des dérèglements en cascade. La neige ne tombe pas à Vancouver où règne avant les Jeux olympiques un climat exceptionnellement doux. Mais elle s’en donne à cœur joie plus au sud.

Le branle-bas de combat s’est étendu jusqu’à New York. Une armée de 4200 employés municipaux a été chargée de corvée de déblaiement par le maire, Michael Bloomberg. Jeudi, les écoles et les administrations avaient rouvert.

L’eau glacée jusqu’aux genoux, la ville payait du coup en embouteillages monstres ce qu’elle avait gagné en tranquillité la veille. Comme si elle voulait démontrer une sorte de solidarité internationale, ou peut-être parce qu’elle ne voulait pas ajouter son propre fatras au cafouillage ambiant, l’ONU avait décidé elle aussi de rester fermée toute la journée de mercredi.

Les spécialistes sont formels: ces tempêtes qui recouvrent une partie de l’Amérique n’ont pas de lien direct avec le réchauffement planétaire, et ne confirment pas plus qu’elles n’infirment des dérèglements climatiques à long terme.

Mais un sénateur facétieux de l’Etat d’Oklahoma, James Inhofe, connu pour être un sceptique face au réchauffement, a construit un immense igloo en face du bâtiment du Congrès de Washington, sur la colline du Capitole désertée. Il a planté dessus un écriteau: «La nouvelle maison d’Al Gore».