Bluewin s'encanaille. En partenariat avec Beate Uhse Suisse SA, le principal portail Internet du pays vient d'inaugurer une chaîne érotique. Son contenu, disponible depuis hier sur le site, n'existe pour l'heure qu'en langue allemande. Les versions en français et en italien devraient quant à elles voir le jour en février prochain. «Il s'agit d'érotisme et non de pornographie, s'empresse de préciser Christoph Brand, CEO de Bluewin. Aujourd'hui, la sensualité est omniprésente dans notre société: médias, publicitaires, tous en font un large usage afin de répondre à la demande. Notre volonté principale est de suivre ce «trend» pour avoir une palette thématique aussi large que possible.»

Présenté – pudiquement – comme prioritaire, ce souci d'exhaustivité n'est toutefois que l'arbre qui cache la forêt. Une forêt où chaque sapin vaut son pesant d'or. «L'objectif est aussi bien entendu de réaliser des recettes supplémentaires grâce à des bannières de pub, des abonnements et le commerce électronique spécialisé», continue Christoph Brand. Si rien n'a été communiqué concernant le contrat liant Beate Uhse et Bluewin, l'intérêt des deux parties est évident. La société créée par l'égérie allemande du porno soft fournit sa logistique – textes, photos et divers articles destinés à la vente (lingerie, gadgets, etc.) – et profite en contrepartie de la visibilité offerte par Bluewin. Beate Uhse, qui réalise déjà 10% de son chiffre d'affaires via Internet, espère ainsi doper son e-commerce. Une augmentation qui profitera par ricochet au portail suisse (680 000 clients actifs en septembre), puisque celui-ci touche un pourcentage sur les ventes et les abonnements contractés sur le site de Beate Uhse après «aiguillage» par Bluewin.

Concernant les perspectives d'avenir, Christoph Brand reste prudent: «Le succès quantitatif de la chaîne est difficilement évaluable, mais nous pensons qu'elle se placera rapidement parmi les trois premières du portail.» Et qu'elle participera peut-être à sortir Bluewin des chiffres rouges…

Cette arrivée sur le très attractif marché de la fesse ne s'est pas faite sans précautions. Surtout que l'actionnaire principal du provider helvétique n'est autre que la Confédération (ndlr: Swisscom – qui appartient à 65% à l'Etat – possède 92% du capital de Bluewin, contre 8% pour Tamedia). Le contenu des pages estampillées Bluewin est donc soft, dénudé mais pas trop, sans que l'acte sexuel soit suggéré. «Grand public», estime Jan Brönnimann, responsable du Département entertainment & lifestyle de Bluewin. On y trouve, entre autres, «la fille de la semaine», des hommes aux muscles saillants et du contenu rédactionnel («Faire l'amour comme lors de la première nuit»). Par mesure de sécurité (ou de pudibonderie?), il est toutefois impossible d'accéder par un simple clic sur la chaîne érotique depuis la home page (page d'accueil): pour éviter que des enfants tombent «par inadvertance» sur des images qui ne leur sont pas destinées, un avertissement apparaît alors pour signifier que la suite est réservée aux «plus de 16 ans». Ou même aux «plus de 18 ans» pour le lien qui mène au site de Beate Uhse. «Nous avons aussi mis à disposition des parents des informations pour qu'ils puissent acquérir des logiciels qui sécurisent l'accès à de telles pages», assure Jan Brönnimann.

Au-delà de son côté croustillant, le lancement de cette chaîne érotique confirme l'avènement d'une nouvelle tendance sur la Toile: l'arrivée du «pay per view», jusqu'ici limité justement au domaine de la pornographie. On vous met l'eau à la bouche avec quelques amuse-gueules gratuits (le contenu Bluewin) avant de vous faire souscrire un abonnement (Beate Uhse). Chez Bluewin, on admet ainsi qu'on songe sérieusement à rendre plusieurs autres chaînes thématiques payantes dans le futur. «Nous ne savons pas encore lesquelles, mais c'est clairement une tendance qui va se développer.» Walter Keller, patron de la maison d'édition zurichoise Scalo, le reconnaissait l'été dernier (LT du 28 août): «Payer pour voir, ce sera bientôt le cas pour moi. Et ce sera bientôt le cas pour nous tous.»