La fièvre aphteuse au Royaume-Uni rend le feu télégénique. Calfeutrés dans notre fauteuil en cuir, nous contemplons depuis une semaine ces autodafés modernes. Et ces feux purificateurs nous projettent en des temps moyenâgeux. C'est le bûcher des bouchers. Mais abattus et brûlés, ces animaux malades de la peste continuent d'habiter notre langue.

La télévision, peu avare en témoignages, nous l'explique tous les soirs. En fait, l'histoire est simple. De nombreux éleveurs, peu à cheval sur les principes, se sont lancés à corps perdu dans la rationalisation. Las de se ronger les sangs et de se saigner aux quatre veines, ils prétendent défendre leur bifteck. Hier, ils étaient paysans. Aujourd'hui, ils sont exploitants. Fini les fermes «à la papa», adieu les canards boiteux, vive le mouton à cinq pattes. Les éleveurs ont pris le taureau par les cornes et n'ont pensé qu'aux profits. Le productivisme est devenu leur seul cheval de bataille. Et ceux qui n'ont pas suivi se sont fait traiter d'ânes. Gérons les bêtes comme des stocks, et sera le veau d'or! Mais en mettant la charrue avant les bœufs, ils ont tué la poule aux œufs d'or.

Un vers célèbre de Charles Monselet dit que «tout homme a dans son cœur un cochon qui sommeille». Finalement, ce sont les porcs qui, les premiers, supportent nos cochonneries. Adieu, veau, vache, cochon… Le tout dans un beau feu télé-hygiénique.