Les opposants à Ecopop cherchent des alliés dans les trains surpeuplés

Votation Les affiches dans les transports font des remous

Les nouveaux modes de communication, comme les réseaux sociaux et Internet,ne remplacent pas les arguments de fond

Plus moyen d’échapper à la propagande contre l’initiative Ecopop. Alors que les réseaux sociaux, Facebook ou Twitter, sont désormais des moyens courants pour atteindre les électeurs, l’affichage politique dans les trains est la nouveauté de la campagne de la votation du 30 novembre. Du moins en Suisse alémanique, où les affichettes d’economiesuisse appelant à voter non ponctuent désormais les trajets quotidiens des usagers. A la grande irritation de l’organisation des pendulaires alémaniques, Pro Bahn, soucieuse d’épargner les usagers.

Ce n’est pourtant pas une première. Il y a un an, juste avant la votation sur l’initiative de l’UDC «Contre l’immigration de masse», economiesuisse, toujours, avait aussi placardé ses flyers, en français, dans les trains régionaux de l’Arc lémanique. Sans aucune réaction manifeste des passagers.

Peu utilisé jusqu’ici par les partis et autres organisations économiques, l’affichage politique dans les trains est en effet autorisé depuis une décision du Tribunal fédéral de 2012 considérant que l’interdiction opposée jusqu’alors par les CFF était contraire à la liberté d’expression.

La nouveauté n’affole pourtant pas Andreas Thommen, de l’association Ecopop. «Tenter de démontrer à des pendulaires entassés dans des wagons surbondés qu’il n’y a pas de problème de surpopulation en Suisse, cela risque bien d’avoir un effet contraire», se rassure-t-il. Avec un budget d’à peine 300 000 francs, Ecopop n’a pas les moyens de rivaliser avec la campagne essentiellement assumée par les milieux économiques et soutenue par l’ensemble des partis politiques et des syndicats. Pas de grande manifestation, donc, à l’image de celle qui a rassemblé 8000 opposants le samedi 1er novembre à Berne.

Rien d’étonnant, selon Andreas Thommen, que, après avoir flirté avec les 53% de votes positifs dans un sondage en ligne du quotidien 20 minutes, le soutien à l’initiative «Halte à la surpopulation» soit en recul de 7%. «Nos affiches ne sont pas dans les gares. Trop cher. Nous avons distribué un tous-ménages à plus d’un million d’exemplaires et nous avons des volontaires qui relaient nos informations sur Facebook et Twitter», détaille le secrétaire d’Ecopop.

Sa satisfaction, c’est d’avoir pu imposer dans les débats les thèmes de la surpopulation et de la décroissance. «Désormais, la question de la surpopulation ne disparaîtra pas si facilement du paysage politique. Mais les propos tenus par certains élus contre le mouvement Ecopop, qualifié de raciste ou de xénophobe, ramènent le débat à un niveau inacceptable», dénonce Andreas Thommen.

Chez economiesuisse, le chef de campagne, Oliver Steinmann, estime qu’il faut multiplier les médias pour atteindre les différents publics cibles: journal tous-ménages distribué à 1,1 million d’exemplaires, réseaux sociaux, affichage dans les gares et lieux publics ainsi que des actions de rue, comme celles programmées dans toute la Suisse alémanique le 15 novembre.

Sa collègue romande Cristina Gaggini reste très prudente sur le renversement de tendance mis en évidence par le sondage en ligne. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux et Internet, les partisans de l’initiative n’hésitent plus à s’afficher et à mener la discussion. Or, relève la directrice romande d’economiesuisse, même sur les réseaux sociaux on ne rencontre généralement que le public intéressé par le débat politique en général.

Malgré l’engagement de deux conseillers fédéraux contre Ecopop – Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann, qui multiplient les débats publics et télévisés comme Arena ou les rencontres avec le monde économique et syndical –, le gouvernement doit affronter un argument massue: il n’aurait toujours pas répondu concrètement à l’inquiétude de la population face à la vague migratoire. C’est sur sa capacité à rendre crédible sa réponse aux angoisses de la rue que le Conseil fédéral fera la différence.

«La question de la surpopulation ne disparaîtra pas si facilement du paysage politique»