Vincent (Matthias Schoenaerts) a fait la guerre. Il en est revenu un peu ébranlé. Il souffre de saignements de nez, de problèmes acoustiques, de vertiges. Peut-être sera-t-il réformé. Dans l’attente d’une décision, il arrondit ses fins de mois en travaillant dans la sécurité. Il est amené à veiller sur Jessie (Diane Kruger), la femme d’un homme d’affaires libanais, autrement dit un trafiquant d’armes qui arrose le gouvernement. La mission de routine tourne mal.

Alice Winocour s’est fait remarquer avec Augustine, qui fantasme la rencontre du Dr Charcot, pionnier de la neurologie française, et d’une fille de cuisine souffrant d’hystérie. Avec son second long-métrage, coécrit avec son compagnon, Jean-Stéphane Bron (L’Expérience Blocher), la réalisatrice française change radicalement de registre, car Maryland est un thriller, mais n’abandonne pas pour autant la tonalité psychiatrique.

Brute fissurée

Le héros de ce Bodyguard avec fêlure est torturé par des acouphènes qui envahissent la bande-son où grince, pulse et râpe la musique industrielle de Gesaffelstein. Il absorbe sans ordonnance tous les anxiolytiques que lui fourguent ses potes de l’hôpital et voit le danger partout. Mais même un paranoïaque peut avoir des ennemis. Des professionnels suivent la voiture, tentent d’enlever Jessie et son fils. Vincent les descend. La police bâcle l’enquête. La maison est fouillée, d’autres tueurs s’introduisent. La nuit sera longue, sanglante, pleine de peurs et de doutes. On peut même se demander si tout ceci n’est qu’une hallucination de Vincent. De quel côté de la réalité se joue l’apparition finale d’une Jessie livide?

Matthias Schoenaerts est impeccable en brute fissurée, même si ce personnage rappelle fatalement celui qu’il incarne dans De Rouille et d’os, de Jacques Audiard. Le scénario est bien tenu, la mise en scène serrée. Le lien qui se noue entre deux solitudes, celle de Vincent et celle de Jessie, est traité avec assez de finesse pour être plausible. Lorsque le vigile, qui vient de fracasser la tête d’un intrus, se retrouve face à la frêle femme blonde, et que son regard se pose sur ses mains sanglantes, on voit la Bête honteuse de son animalité face à la Belle. Référence classieuse.