Le feuilleton devient fort technique. Mais passionnant, en termes de répartition des pouvoirs. On parle de l’affaire Tinner, du nom de ces deux frères et leur père, accusés d’avoir livré des secrets nucléaires à destination de la Libye. Et dont certains documents ont été détruits sur ordre du Conseil fédéral en novembre 2007.

Jeudi, l’Office des juges d’instruction fédéraux perquisitionnait les locaux de la Police judiciaire fédérale, afin de saisir un coffre-fort contenant une clé donnant accès à des données essentielles à l’enquête. Bigre! Un tel bras de fer entre l’exécutif et le judiciaire n’est pas banal.

Naguère, ce genre de crise se traduisait par le «caviardage» de documents, méthode utilisée par les gouvernements pour censurer des papiers publics ou administratifs. Au seuil d’une semaine dédiée à des expressions savoureuses, le «caviardage» offre une jolie appropriation linguistique. L’image apparaît sous la Russie de Nicolas I er (1825-1855), qui a accéléré l’expansion tsariste vers le Caucase. Par analogie avec la couleur de l’exquis mets d’œufs d’esturgeon, «passer au caviar» exprimait le fait de noircir les phrases compromettantes d’un texte. On ne sait si ce caviar-là était du sévruga, de l’osciètre ou du bélouga. Mais l’usage a façonné le verbe «caviarder», attesté en 1907, devenu vedette de la Guerre froide. Dans le cas de l’affaire Tinner, les documents délicats auraient été zigouillés par le déchiquetage de disques durs. Moins gastronomique.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.