Les 28 et 29 janvier, lorsque le régime a lâché ses forces de sécurité contre la foule des manifestants, ont été particulièrement sanglants, comme l’attestent les témoignages récoltés par de nombreuses ONG. Au moins 300 personnes ont été tuées par des balles réelles, parfois tirées par des snipers, des balles en caoutchouc ou des grenades lacrymogènes. «Il s’agit de morts documentées dans six hôpitaux du Caire, d’Alexandrie et de Suez, explique Hossam Baghat, le porte-parole au Caire d’Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR). Mais ce chiffre pourrait être deux à trois fois plus élevé à l’échelle du pays.» Il évoque également des massacres dans des prisons, notamment celle d’Al-Qata, dans la banlieue du Caire, où une soixantaine de détenus auraient été abattus. Des familles de victimes parlent de tirs durant deux jours qui pourraient être un acte de vengeance des gardiens après le meurtre d’un officier lors d’une mutinerie. Les autorités ont avancé le chiffre de 20 000 détenus qui se sont échappés en profitant des troubles, parfois avec l’aide de leurs gardiens.

Les ONG enregistrent plus de 900 détentions arbitraires et des centaines, voire des milliers de personnes disparues. «Depuis le 25 janvier, nous observons une augmentation constante et sérieuse des violations des droits de l’homme, explique Laila Matar, du Cairo Institute for Human Rights Studies. Il y a un usage répandu de la torture. Il faudra plus de six mois pour enquêter sur ces exactions.» Peter Bouckaert, directeur des opérations d’urgence de Human ­Rights Watch, décrit pour sa part la campagne de violence et de haine ayant visé les journalistes étrangers au lendemain du premier discours de Hosni Moubarak, le mardi 1er février. «Il n’y avait rien de spontané. C’était organisé par divers ministères.»