«Désormais, notre liaison Internet avec les Etats-Unis atteint plus de 20 Mbits, contre 4 précédemment. L'an prochain nous atteindrons 45 Mbits.» Olivier Martin, responsable des réseaux informatiques du CERN, se réjouit de la signature entre le Centre européen de recherche nucléaire et l'opérateur britannique Cable & Wireless d'un accord pour la mise en place d'un réseau à haute capacité à travers l'océan.

Avec 10 000 utilisateurs et plus de 700 serveurs, le CERN est l'un des plus gros consommateurs de connexions Internet de Suisse. Les physiciens échangent des quantités de données pour leurs expériences, notamment avec le laboratoire de recherche de Chicago. Par ailleurs, ils utilisent toujours plus la visioconférence. Jusqu'ici, le CERN utilisait une ligne louée à Swisscom et à l'opérateur américain MCI. «Le prix de location dépassait 1,5 million de francs par an, poursuit Olivier Martin. La ligne de Cable & Wireless nous coûtera bien moins cher pour une capacité nettement supérieure.»

Le contrat a été signé pour un an seulement afin de pouvoir renégocier des conditions qui changent très vite dans ce secteur. Un appel d'offres pour l'an prochain a déjà été lancé. «Pour nous, le CERN est un client prestigieux, compte tenu notamment de son rôle historique dans la création du Web, explique Amram Levi, responsable commercial auprès de Cable & Wireless Suisse. Nous avons donc proposé un tarif particulièrement avantageux.» Pour plus de sécurité, l'opérateur britannique a mis en place deux lignes séparées entre Genève et Chicago, l'une passant par Zurich, Londres et New York, l'autre par Paris, Londres et Washington.

Il y a exactement dix ans, le physicien anglais Tim Berners-Lee et son collègue informaticien Robert Cailliau développaient le World Wide Web dans les locaux du CERN. Pour mieux organiser le travail des physiciens disséminés sur plusieurs continents, ils ont eu l'idée d'utiliser le réseau Internet existant, mais de définir un protocole de communication hypertexte: les utilisateurs pourraient ainsi naviguer en cliquant sur des liens. La première version du HTML (pour HyperText Markup Language) était née.

«Nous nous sommes rapidement rendu compte que le Web pourrait être utilisé avantageusement dans les écoles car il faisait baisser massivement le prix des publications de documents en couleur et permettait d'animer des pages, explique aujourd'hui Robert Cailliau. Mais nous n'avons pas réalisé à quel point le réseau se développerait commercialement.»

Pour cet ingénieur belge de 52 ans, les gouvernements devront intervenir internationalement pour réguler: «Par exemple, la publicité par e-mail devrait être interdite.» Selon Robert Cailliau, le Net évoluera considérablement avec l'apparition de systèmes de micropaiements qui permettront de facturer simplement et rapidement les services en ligne. Le cofondateur du Web ne s'inquiète pas de l'évolution de la pornographie qui représente pourtant une large majorité du trafic sur le réseau: «On trouve aussi de la pornographie dans les kiosques et les vidéoclubs, cela n'a aucun sens de l'interdire sur le Web. D'une manière générale, il ne sert à rien de réglementer la diffusion de contenu. Ce qu'il faut, c'est éduquer les parents pour qu'ils apprennent les dangers et les avantages de cette technologie. Laisser accéder librement ses enfants à Internet, c'est comme leur laisser les clés de la voiture: il faut les responsabiliser et les aider à passer leur permis d'abord.»