S'il est des batailles – électorales – qui font la une des journaux français, il en est d'autres plus discrètes, qu'il faut aller chercher à l'intérieur des pages. Et parmi celles-là, la plus souvent citée depuis quelques jours concerne les rédactions de RTL et de France 2 et surtout un homme: Olivier Mazerolle. Vingt et un ans de carrière dans la première dont neuf à la tête de l'information et, selon les pronostics, un passage imminent aux commandes de la deuxième.

Une nomination que la presse attribue à la volonté de Michèle Cotta, directrice générale et directrice des programmes de France 2, de reprendre la main, après des mois de critiques sur ses choix de programmes, notamment la suppression de La Chance aux chansons et surtout les déficits d'audience de la chaîne. Pour la première fois, entre le 5 et le 11 mars, France 2 a en effet passé sous la barre symbolique des 20% de parts de marché. Malgré des choix éditoriaux plus affinés et rigoureux, l'audience des journaux télévisés ne remonte pas. Ainsi le Treize Heures oscille-t-il entre 18 et 19% de parts de marché contre 55% pour celui de TF1.

Contactées, les deux rédactions se renvoient la balle. «Pas de commentaires», a répondu France 2 au quotidien Libération. Sommé de s'expliquer par ses troupes, Olivier Mazerolle, raconte Le Figaro, a seulement déclaré qu'il «était toujours à son poste et que pour le moment rien n'était signé». Tous les spécialistes s'accordent cependant à prédire l'officialisation du transfert dans les jours à venir. Et si tous lui reconnaissent un indéniable et envié pedigree journalistique, ils s'interrogent pourtant sur sa future marge de manœuvre.

Approché en 1998, il avait alors renoncé, faute justement des garanties et prérogatives souhaitées. C'est Pierre Henri Arnstam qui avait été nommé pour succéder à Albert du Roy et apaiser la rédaction de France 2, laissée, rappelle Libération, «à feu et à sang». Trois ans plus tard, le calme est revenu. Une certaine insatisfaction aussi. «Arnstam, c'est un très bon gestionnaire […] mais ce n'est pas un patron du point de vue journalistique, déclarent certains collaborateurs. Il ne vient jamais en conférence de rédaction.» Bref, ils veulent «un vrai pro qui donne envie de se remettre au travail».

Du côté de RTL, on fait grise mine. Les journalistes n'apprécient pas de payer le prix des erreurs faites sur les programmes, explique Le Monde. Ils craignent aussi la nomination d'un nouveau directeur de l'information inféodé aux actionnaires. RTL Group, propriétaire de la station, a en effet récemment basculé dans le giron de l'allemand Bertelsmann. D'autant que déjà ébranlée par l'affaire des Grosses Têtes, la chute d'audience et les départs de plusieurs responsables, RTL connaît quelques problèmes économiques.

Robin Leproux, nouveau directeur général, a rappelé qu'un point d'audience perdue équivaut à une baisse des recettes de 50 millions de francs français, laissant ainsi entrevoir la nécessité de mesures d'économies. «Autant d'éléments, commente Le Monde, qui peuvent avoir poussé Olivier Mazerolle, fortement impliqué dans l'équipe précédente, à accepter d'aller diriger la rédaction de France 2.»