CHEMIN DE FER

Le «chantier du siècle» démarre à Genève

Les travaux du CEVA débutent malgré les recours en suspens. La France a levé les incertitudes sur sa part du financement

«Chantier du siècle». L’expression était sur toutes les lèvres, hier, lors du coup d’envoi de la réalisation du CEVA, cette liaison ferroviaire qui permettra en 2017 de connecter à Genève les réseaux suisse et haut-savoyard. Même la conseillère fédérale Doris Leuthard s’est déplacée pour assurer «la volonté du Conseil fédéral» de «faire face aux besoins de mobilité actuels et à venir», tout en avertissant que «des recettes supplémentaires sont nécessaires». Quant au patron des CFF, Andreas Meyer, il promet que le CEVA ne sera que «le début d’un feu d’artifice pour l’Arc lémanique». «Genève passe dans la catégorie des grandes villes», juge le président du Conseil d’Etat genevois, Mark Muller, tandis que sa collègue chargée de la Mobilité, Michèle Künzler, prédit que le CEVA changera notre «géographie mentale».

Mais les invités français ont volé la vedette à leurs hôtes en levant les incertitudes qui pesaient sur le financement du volet savoyard de l’ouvrage. «Les blocages sont levés depuis une semaine», rassure le maire d’Annemasse, Christian Dupessey. Président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack Queyranne confirme: «La facture est passée de 132 millions d’euros en 2007 à 240 millions d’euros, alors que l’argent public se fait plus rare, explique le socialiste. L’Etat a pris l’engagement formel de rehausser sa contribution. Le CEVA ne devrait pas être affecté par les mesures d’austérité, ce projet de transport ayant aussi un impact en termes d’emplois pour tout le secteur.»

Le crédit français inclut aussi la réfection de trois gares et l’estimation du renchérissement à venir. Vu leur moindre envergure, les travaux sur sol savoyard peuvent commencer vers le début de 2015 pour être prêts lors de la mise en service, fin 2017. «Nous ne pouvons pas exclure que le projet s’arrête à la frontière», déplorait encore le directeur suppléant de l’Office fédéral des transports, Pierre-André Meyrat, avant d’apprendre la nouvelle. Le budget suisse (1,5 milliard de francs, cofinancés par la Confédération à 55% et Genève à 45%) comprend la réfection ou construction de cinq gares.

Avec le lancement des travaux, les Genevois continueront de subir le cortège de nuisances qui fait leur quotidien, notamment depuis début 2009 avec la construction du tram de Bernex, qui roulera dès le 11 décembre. Le CEVA prend le relais! Des travaux de déferrage sont déjà en cours à la Praille. Les hostilités démarreront ensuite au fil de 2012 sur la plupart des sites entre Cornavin et les Eaux-Vives. De cette gare, jusqu’à la frontière, on attendra 2013 pour commencer à doubler et enterrer l’actuelle voie SNCF. Sur ce tronçon, les trains venant de Haute-Savoie auront leur terminus à Chêne-Bourg dès le 28 novembre, pour une durée de 18 mois. Le trafic ferroviaire sera ensuite totalement interrompu sur la ligne, jusqu’à l’arrivée du nouveau RER.

Selon Antoine Da Trindade, chef de projet, l’essentiel des nuisances se concentrera sur les trois premières années de chantier: la suite se déroulera surtout en souterrain, n’occasionnant guère de troubles aux automobilistes. Mais les tranchées couvertes, creusées depuis la surface, traverseront des axes tels que les routes de Chêne, de Veyrier ou de Saint-Julien. Toutefois, le phasage des travaux permettra d’y maintenir la circulation. Le plus gros défi routier sera de glisser la nouvelle infrastructure sous les boyaux de l’autoroute de contournement au Bachet: chacun des deux tubes reliant la Praille au carrefour de la Milice devrait connaître plusieurs mois de fermeture.

Les pelleteuses ne pourront pas s’attaquer tout de suite au tunnel de Champel, gelé par l’effet suspensif des derniers recours contre le CEVA. «Selon notre évaluation, le risque d’être totalement débouté par le Tribunal fédéral n’est pas nul, mais négligeable, jauge Mark Muller. Il est par contre possible que la justice nous contraigne à apporter des améliorations techniques dans le tunnel, ce qui pourrait mener à revoir son gabarit: cela serait possible, même en cours de chantier.»

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