Heliconius est un genre de papillon comptant une cinquantaine d’espèces différentes dans les forêts d’Amérique centrale et du Sud, un modèle de choix pour les chercheurs qui tentent de percer les mystères de la sélection naturelle et de l’évolution des espèces.

C’est la raison pour laquelle un consortium international impliquant des biologistes du CNRS, du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) et de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) a décodé le génome de l’Heliconius melpomene, expliquent ces organismes français dans un communiqué commun.

Ce décryptage des 12’600 gènes du papillon panaméen «a permis d’obtenir des résultats étonnants sur le mimétisme», assurent-ils.

Les biologistes savaient que le melpomene partageait les motifs et la couleur d’une espèce voisine, Heliconius timareta. Les deux papillons sont toxiques et leurs ailes noires et orange leur permettent d’être facilement reconnus des prédateurs, qui associent rapidement la coloration des insectes avec leur mauvais goût et leur toxicité après en avoir ingéré quelques-uns.

Mais jusqu’à présent, les chercheurs pensaient que chaque espèce avait dû «développer ses propres innovations génétiques» pour ressembler à sa voisine, explique le communiqué. Or le séquençage du génome du melpomene démontre que le mimétisme avec le timareta est dû à «des accouplements croisés entre ces deux papillons».

Les chercheurs ont découvert que les régions de leur génome qui contrôlent la couleur des ailes ont une origine «unique et récente» et sont donc passés de l’une à l’autre espèce par hybridation.

«Les accouplements entre ces deux espèces sont très rares et seule la descendance mâle est fertile. Néanmoins, ils sont suffisants pour transmettre à l’espèce voisine les traits» qui lui confèrent la ressemblance, soulignent les biologistes, qui publient mercredi leur découverte dans la revue britannique Nature.

Selon eux, ces résultats mettent à mal l’idée selon laquelle «l’hybridation entre espèces est forcément néfaste car elle produit des individus fragiles ou mal adaptés aux niches écologiques» de leurs parents.

«Au contraire, l’hybridation permet ici le passage d’innovations génétiques +prêtes à l’emploi+ d’une espèce à l’autre et constitue ainsi un moteur de l’évolution à ne pas négliger», estiment les chercheurs français.

Cette découverte pourrait aussi s’appliquer à d’autres «adaptations», comme la résistance développée par certains insectes, tels les moustiques Anopheles vecteurs du paludisme, ou même les gènes d’immunité chez l’humain.