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Chez les Le Pen, le parricide, c’est maintenant!

La twittosphère joue les chœurs dans la tragi-comédie qui se déroule au sein du FN: Marine tuera-t-elle son père, ou pas?

«Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille? Partout ailleurs!» disait Hervé Bazin. Jean-Marie Le Pen pense comme l’auteur de Vipère au poing, lui qui ne cesse de répéter qu’«on n’est jamais trahi que par les siens».

Marine est du même avis. Elle n’en peut plus de ce père vieillissant et tyrannique, ce père pyromane qui préfère mettre le feu à la maison par ses déclarations incendiaires plutôt que de la lui léguer, elle qui l’a fait prospérer. Le président d’honneur et fondateur du FN estime n’avoir que des droits, sa fille l’oblige à avoir aussi des devoirs, notamment celui de l’accompagner dans sa conquête du pouvoir, ou du moins de ne pas l’en empêcher.

Mais Le Pen père n’a jamais voulu le pouvoir, sauf celui de nuire. Par exemple en annonçant sa candidature pour la présidentielle de 2017! La nouvelle est tombée hier à 16h20. C’était un canular lancé par le vrai-faux site de Jean-Marie Le Pen mais il a été tweeté et retweeté. Preuve que l’on croit le Falstaff du FN capable de tout pour se venger de sa fille qui, la veille, avait annoncé qu’elle s’opposerait à sa candidature en PACA, dénonçant la stratégie de «la terre brûlée» de son paternel. Dans ce même communiqué, elle disait qu’elle ne laisserait personne affaiblir le Front national. Jamais elle n’était allée si loin dans le désaveu et le désamour. Hier soir sur TF1, elle annonçait avoir engagé une «procédure disciplinaire» contre son père.

«Marine Le Pen souhaite ma mort mais elle ne doit pas compter sur ma collaboration», a martelé le patriarche. «Je pense qu’il va résister jusqu’au bout, c’est bizarre pour un pétainiste de résister, mais c’est le cas», estime Serge Moatti, auteur d’un livre et d’un film sur cette famille «entre Dallas et Shakespeare.».

Comme Jean-Marie ne démissionnera pas et ne se suicidera pas non plus, il y a donc deux Le Pen dans l’arène, un de trop. L’un doit manger l’autre.

Justement, la twittosphère a été la première à relever que le communiqué de Marine Le Pen coïncidait avec la sortie du film de Djamel Debouze, rapidement détourné en Comment j’ai mangé mon père. La Toile en a profité pour faire remonter ce fait divers animalier prémonitoire: en octobre 2014, le doberman de Jean-Marie a boulotté un des chats de Marine, provoquant une crise familiale!

La manducation, c’est ce qui manquait encore à cette saga familiale qui emprunte à la tragédie grecque ses sentiments les plus exacerbés: violence, trahison, vengeance, répudiation, parricide et maintenant cannibalisme. On ajoutera que les médias ne sont pas avares non plus de métaphores conjugales: divorce, séparation, rupture consommée, parlant du père et de la fille comme d’un couple infernal. Il est vrai aussi que le patriarche a cessé d’appeler sa fille Marine. Il dit Madame Le Pen, comme il l’a fait avec toutes les femmes qu’il a répudiées, sa première épouse, Pierrette qui, pour l’humilier, avait posé en soubrette pour Playboy, sa fille aînée, Marie-Caroline, qui a eu le malheur de choisir le camp du félon Mégret, et désormais Marine, la traîtresse, la mesquine, celle qui jette le «pépé avec l’eau du bain».

Mais que serait une tragédie grecque sans les chœurs? Ils sont parfaitement tenus par la twitto­sphère qui commente les déclarations des deux protagonistes, et la progression de l’intrigue. Louis Aliot, compagnon de Marine, Florian Philippot, Gilbert Collard et Robert Ménard en sont les coryphées, tandis que les observateurs citent Œdipe, Le Roi Lear ou Freud. L’oiseau tweeter vole très haut et le public en redemande. «J’adore ce nouveau soap #LePen! De bons scénarios, des rebondissements saisissants et des acteurs au top!» écrit Ptit Thib.

Mais la twittosphère est méfiante. Nombreux sont ceux qui décèlent derrière ces Atrides modernes une grosse farce, un jeu de rôle: par ses outrances, le vieux lion offrirait à Marine la possibilité de dédiaboliser définitivement le parti. A Marine, vraiment? Ou à Marion, sa petite-fille qui fait le mort depuis que la guerre est déclarée.