Barrer la route à une majorité PLR-UDC au Conseil fédéral. Tel est l’un des principaux objectifs fixés par le président du PS, Christian Levrat, pour l’année électorale 2015 à l’occasion de son traditionnel apéritif des Rois. «En 2003, on a vu que la composition du Conseil fédéral n’était pas aussi stable qu’on le disait. Entre 2003 et 2007, avec Christoph Blocher et Hans-Rudolf Merz, le gouvernement a été dominé par la droite dure. En 2007, je faisais partie de ceux qui ont instauré une autre majorité. Nous l’avons maintenue en 2011. Nous comptons la reconduire en 2015», annonce le président du PS.

Il a fait le décompte des voix. Le bloc composé du PS, des Verts, du PDC et du Parti bourgeois-démocratique (PBD) occupe 128 voix à l’Assemblée fédérale contre 118 voix pour le bloc composé de l’UDC, du PLR et des Vert’libéraux. Pourquoi Christian Levrat compte-t-il ces derniers, alliés de la gauche dans le cadre du tournant énergétique, avec le PLR et l’UDC? «On ne sait pas où les Vert’libéraux se positionnent. Ils se sont alliés deux fois à l’UDC et au PLR pour tenter de leur offrir la majorité au gouvernement. Ils risquent à nouveau de s’allier à la droite la plus dure», soupçonne-t-il.

En présentant ce décompte précis, Christian Levrat espère démentir les affirmations de ceux qui disent que les élections fédérales ne sont pas un enjeu majeur. «Si le camp composé du PS, des Verts, du PDC et du PBD perd six sièges au profit de l’autre camp, la majorité arithmétique basculera», avertit-il.

Pourquoi Marignan?

En ce début d’année électorale, Christian Levrat lance également un appel aux libéraux. «Une partie du monde libéral s’oppose à l’OPA du parti national-conservateur sur le PLR. J’espère qu’elle aura la force de résister», déclare-t-il en faisant allusion aux événements qui ont secoué la NZZ en fin d’année lorsqu’il a été question de nommer le rédacteur en chef de la Basler Zeitung, Markus Somm, à la tête du quotidien zurichois. «Cette affaire montre le risque de la disparition de la pensée libérale au profit des nationaux-conservateurs. Elle est le fruit de l’ambition de Christoph Blocher d’absorber le PLR et de prendre le contrôle de l’aile libérale», accuse-t-il. Il verrait d’un mauvais œil des apparentements électoraux entre le PLR et l’UDC. «La Suisse ne fonctionne que grâce à l’alliance entre la social-démocratie et l’aile libérale», poursuit-il.

Il s’étonne aussi de la tentation, présente dans les rangs de l’UDC, de commémorer la bataille de Marignan en 1515. «C’est une erreur politique et historique. Il peut être de bon ton de rappeler le début de la neutralité, mais Marignan, qui a été la pire défaite de l’histoire suisse, marque plutôt la fin de l’expansion militaire et le début des relations diplomatiques que les cantons ont nouées avec les partenaires européens en fonction de leurs intérêts, une période qui n’a pris fin qu’en 1815 puis 1848. Or, l’histoire du PLR est liée à cette Suisse moderne de 1848 et non à celle de 1515», décrypte encore le président du PS.

Pour les élections d’octobre, le PS mettra l’accent sur le contact direct, notamment par téléphone, et espère disposer ainsi d’un socle de 100 000 électeurs d’ici à septembre. «Nous allons appeler nos membres et prendre des contacts dans les quartiers qui votent systématiquement socialiste», détaille Christian Levrat, qui juge cette méthode plus efficace que les réseaux sociaux. «Le contact personnel est plus profitable qu’un e-mail envoyé à 10 000 adresses ou qu’une déclaration sur Twitter ou Facebook dans l’attente que des milliers d’aficionados la commentent», affirme-t-il.

Le PS vise 20% de parts électorales, soit 1,3 point de plus qu’en 2011. Le parti national annonce un budget de campagne de 1,4 million de francs.