C'est une chose entendue depuis quelque temps déjà: l'industrie du jeu vidéo et celle du cinéma et de la télévision s'inspirent l'une de l'autre. Plusieurs jeux ont été adaptés à l'écran ces dernières années (Mario Bros., Mortal Kombat). Dans le merchandising qui accompagne désormais les grosses productions hollywoodiennes, le jeu vidéo adapté du film (James Bond, Die Hard) est quasi obligatoire. La perméabilité entre ces deux secteurs est aujourd'hui totale. La récente sortie de Wing Commander sur les écrans romands en est un bon exemple: le réalisateur, Chris Roberts, par ailleurs patron d'Electronics Arts, est également le créateur du jeu dont le film s'est inspiré.

Deux jeux pour consoles sortis récemment illustrent bien ce trafic d'images et d'idées. Driver, sur Playstation, et Star Wars Racer, sur Nintendo, produit par les studios de George Lucas dans le but de faire patienter les kids avant la sortie sur les écrans du premier épisode de Star Wars, le 25 août.

Driver est un jeu de poursuite en voiture dans les rues de Los Angeles, San Francisco, Miami et New York. Jusque-là, rien de nouveau sous le joystick. Sauf que cette nouvelle livraison du producteur GT Interactive enrobe cette trame d'un univers directement inspiré des séries télévisées et des films des années 70. Une époque que la majorité des utilisateurs de consoles n'a pas connue. Si vous avez vu Bullit ou French Connection, si vous ne manquiez pas un épisode des Rues de San Francisco ou de Starsky et Hutch (Huggy les bons tuyaux, l'indic des deux inspecteurs, apparaît d'ailleurs dans la pub télévisée du jeu), vous ne serez pas perdus dans Driver.

Suspensions généreuses

La musique tout d'abord. Avant même que le jeu ne commence, c'est elle qui définit l'univers dans lequel se déroule l'action. Composée tout exprès pour Driver (un nouveau métier dans l'industrie du jeu vidéo), elle est directement inspirée des rythmes de Lalo Schifrin (compositeur du thème de Mission impossible). La trame du jeu ressemble à un scénario de long métrage. Vous êtes Tanner, un flic new-yorkais infiltré dans la pègre. Pour elle, vous vous retrouvez au volant d'une voiture aux suspensions généreuses et aux accélérations musclées. Comme chauffeur vous obéissez aux ordres: aller secourir des gangsters à la sortie d'une banque, livrer des paquets de poudre blanche, etc. Les obstacles: un compte à rebours, les voitures de police qui vous traquent et la circulation, feux rouges et passants compris. Votre

V-8, de plus, n'est pas indestructible: il vous lâchera lorsque trop de fumée s'échappera du capot. Une douzaine de missions seront nécessaires pour démanteler le réseau mafieux.

Le plus remarquable dans ce jeu est la grande liberté laissée au joueur. Lâché dans l'une des quatre villes (Reflections Intercative, le studio anglais qui a développé Driver, les a filmées pour les modéliser) avec un ordre de mission, libre à lui de trouver le moyen le plus rapide de l'accomplir. Seul adjuvant: un plan en bas de l'écran. Les séquences d'action sont entrelardées de scènes dialoguées, graphiquement assez médiocres, où l'histoire prend un semblant d'épaisseur. Autre situation récurrente: la planque de Tanner. Une chambre d'hôtel qui rappelle celle de Travis Bickle, le Taxi Driver de Martin Scorsese.

A côté de ce scénario policier, plusieurs options permettent de s'entraîner à la conduite de la grosse américaine. Parmi elles, la plus drôle est «Faire un tour». Il s'agit de déplacer le V-8 sans autre but que celui de découvrir le paysage. Sans infraction au Code de la route, la promenade peut durer des heures. Agréable de visiter Miami sur fond de musique funky. Le mode réalisateur, lui, permet de revoir vos courses avec la police. Vous êtes alors le spectateur de votre propre jeu. Tous les codes rhétoriques du septième art sont à disposition: ralenti, caméra subjective, arrêt sur image, plan d'ensemble, panoramique, etc. L'enjeu n'est plus ici le jeu, mais bien le regard.

Traîneaux supersoniques

Le point de vue de George Lucas, c'est en vain qu'on le chercherait dans Star Wars Racer. S'il a été publié par Lucas Arts, société fondée par le réalisateur, le jeu est totalement autonome par rapport au long métrage qu'il promeut. Star Wars Racer est basé sur la scène la plus forte du film à venir: une course de podracers sur Tatooine, planète d'origine d'Anakin Skywalker. Les podracers sont des sortes de traîneaux supersoniques atteignant les 1000 km/h. Star Wars Racer est donc une course de vitesse, dans la pure tradition des jeux d'arcade. Les circuits se comptent par dizaines, répartis sur huit planètes. C'est d'ailleurs le principal intérêt du jeu. Les décors sont superbes, particulièrement sur Oovo IV, la planète gazeuse, et sur Aquilaris, entièrement recouverte d'eau. Pour les découvrir, il est recommandé, même si l'idée est hérétique dans un jeu si rapide, de les parcourir à très petite vitesse, sans se soucier du classement. Autre originalité: entre les courses, et à condition d'amasser les récompenses en espèces, le magasin d'un personnage grognard permet d'acheter des pièces afin d'améliorer son véhicule. L'action, malheureusement, est répétitive même si chaque planète réserve des pièges différents.

Driver sur Playstation (99.–, prix conseillé). Star Wars Episode I Racer sur Nintendo 64 (109.–, prix conseillé).