Au menu du TJ d'hier soir, sur la TSR, la publication du rapport intermédiaire de la Commission Bergier et, quelques minutes plus tard, les images de la liesse de Roberto Begnini, Prix spécial du jury de Cannes pour son film La Vie est belle. D'un côté, l'horrible confirmation que 120 kilos d'or volé aux déportés des camps ont bel et bien été achetés par la BNS aux nazis. De l'autre, l'humour grinçant adopté par l'Italien pour traiter de la Shoah. Au milieu, Darius Rochebin, étudiant sage, le regard fiché sur son prompteur, qui ne voit que du feu à l'ironie de cette collision dans l'actualité.

Pas l'ombre d'une émotion non plus dans le traitement de cette déshonorante page d'histoire. Pas une voix pour exprimer le sentiment de honte qui saisit le téléspectateur. Pas un invité pour s'interroger sur le prix payé pour échapper à l'invasion. Pas de déclaration politique, non plus. La langue de bois de l'incontournable Thomas Borer, oui. Et, pis encore, les anémiques «regrets» de Jean-Pierre Roth, vice-président du directoire de la banque coupable, dont le présentateur a pris bien soin de confirmer «qu'il n'était pour rien» dans le fait d'être assis sur des lingots criminels.

On ne nous fera pas croire qu'un traitement aussi minimaliste d'un événement aussi lourd n'ait pas été délibéré. Mais qui en a décidé ainsi? Et pour quels motifs? Pour ne pas donner d'armes à ceux qui réclament la renégociation des accords de Washington? On ne sait donc que calculer dans ce pays?