La Terre conquérante du logo de CNN ne tournerait-elle plus aussi rond qu'avant? Désormais filiale du mégagroupe AOL Time Warner, la chaîne pionnière de l'information en continu vient de licencier 10% de son personnel, qui compte encore 3950 collaborateurs. Ancien cadre de la BBC aujourd'hui président des réseaux internationaux de CNN, le Britannique Chris Cramer explique les dessous de cette restructuration.

Le Temps: Comment se traduit la réorganisation de CNN?

Chris Cramer: En un an, nous allons nous réinventer, et complètement changer les façons de travailler et de voir les choses à l'intérieur de CNN. Nous voulons faire revivre les talents pluridisciplinaires qui ont présidé à la naissance de la chaîne il y a vingt ans. Nous allons intégrer nos bureaux et les 34 différents services qui composent l'entreprise, pour nous permettre d'étendre notre recherche d'informations. Nous disposons d'un grand nombre de journalistes qui jusqu'ici travaillaient chacun dans leur coin, et nous voulons changer cela. Ainsi, actuellement, Christiane Amanpour, notre responsable des nouvelles internationales, est au Moyen-Orient: en plus de ses interventions télévisées, elle alimente nos sites Internet avec du matériel complémentaire. Nous envoyons aussi des reporters avec des vidéophones, du matériel léger et performant qui permet une utilisation par des journalistes formés à plusieurs spécialités. Le message que je transmets, c'est que plus personne n'est affilié à une chapelle, mais à l'ensemble de CNN. Le ratio des employés qui amèneront du contenu, donc de l'info, passera de un quart aujourd'hui à trois quarts demain.

– La démarche n'est-elle pas dictée par une réduction des coûts?

– L'idée de cette réorganisation date d'avant l'acquisition par AOL. C'est, curieusement, la première fois en vingt ans d'existence que CNN a mis en place une structure de management destinée à examiner l'entreprise d'un œil froid. CNN a connu une croissance par addition: CNN USA, Headline News, CNN International, le Web, chaque nouveauté s'est développée en parallèle, sans synergie. Nous avons certes licencié 400 personnes, presque exclusivement aux Etats-Unis et surtout dans l'Internet, où la publicité connaît un fort ralentissement et dans lequel nous avions surinvesti. Mais nous ne nous replions pas. Au contraire, pour CNN International, nous allons doubler le budget consacré aux «breaking news». L'an dernier, CNN International a dégagé plus de 200 millions de dollars de recettes et 25% de bénéfice… Nous devons redevenir plus agressifs, et mieux gérer nos ressources: nous aurons certes des journalistes qui feront plusieurs choses, mais nous pourrons aussi développer plus de moyens le cas échéant.

– Quels sont les autres projets en cours?

– Nous restons prudemment optimistes sur le Web en Europe et en Asie, où nous avons lancé notre site voici dix jours. La fusion AOL Time Warner aboutit à un changement pour CNNfn qui devient CNN Money et qui intègre le contenu de Time et de Fortune. Nous ouvrons trois nouveaux bureaux (Lagos, Sydney et Rio), Londres devient notre base pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient, et nous venons d'engager 30 journalistes pour y faire deux heures d'émission (financière en priorité) supplémentaires par jour, ce qui portera le total à 50 heures hebdomadaires produites à Londres. La prochaine étape sera peut-être de créer des fenêtres d'émissions sub-régionales en Europe.