Dans les rues de la capitale Port-au-Prince, les survivants ont passé une troisième nuit dans le chaos, au milieu des ruines, de la puanteur des cadavres et de la violence. Trois millions de personnes au moins dans le pays ont été affectées directement par le tremblement de terre de mardi.

Une trentaine de pays participent déjà aux opérations d’aide sur place, selon le département d’Etat américain, mais les difficultés sont immenses. L’aéroport de Port-au-Prince, équipé d’une seule piste, est totalement engorgé par le trafic des avions transportant aide humanitaire et équipes de secours. Les communications sont en piètre état et les déplacements entravés par des routes détruites ou bloquées. Et pour ajouter aux difficultés logistiques, les secouristes sont confrontés aux risques de pillages et aux défaillances des structures locales.

Un porte-avions pour soulager l’aéroport

Un porte-avions américain à propulsion nucléaire, l’USS Carl Vinson, était attendu incessamment afin de servir de base flottante pour les rotations d’hélicoptères, un élément du dispositif de secours essentiel pour soulager l’aéroport. Le bâtiment dispose en outre d’un système de purification d’eau, de dizaines de lits médicalisés et de trois salles d’opération. Sa présence permettra d’évacuer des blessés et de transporter des médecins, ainsi que de grandes quantités d’eau potable, a expliqué à l’AFP Nate Christensen, lieutenant dans la Marine américaine.

L’armée israélienne a envoyé vendredi deux avions d’aide et une équipe médicale de 220 personnes chargée de créer un hôpital de campagne. Sur place, plusieurs équipes venues des Etats-Unis, de France, de République dominicaine ou du Venezuela étaient déjà à pied d’œuvre. Dans les débris de l’hôtel Montana à Port-au-Prince, des sauveteurs français ont ainsi secouru jeudi sept Américains et une Haïtienne, tandis que des secouristes américains sauvaient une Française.

L’insécurité constituait l’un des principaux problèmes pour les équipes de secours. «Il y a des pillages et des gens armés, parce que c’est un pays très pauvre et qu’ils sont désespérés», observait Delfin Antonio Rodriguez, chef des opérations de la défense civile dominicaine, déplorant des vols de matériel. Difficulté supplémentaire, les sauveteurs risquent de devoir travailler sans que les autorités locales ne soient capables de coordonner leurs efforts, les principales infrastructures du pays étant détruites.

7000 personnes enterrées

De 40 000 à 50 000 personnes pourraient avoir péri, selon une estimation communiquée jeudi par Xavier Castellanos, directeur pour les Amériques de la Fédération internationale de la Croix-Rouge. «Au cours des dernières heures, 7.000 personnes ont été enterrées», a déclaré jeudi soir le Premier ministre péruvien Velasquez Quesquen depuis l’aéroport de Port-au-Prince où il coordonnait l’aide de son pays, après s’être entretenu avec le président haïtien René Préval.

Mais les cadavres continuaient de joncher les rues. «Nous avons passé la journée à ramasser des cadavres […] Il y a tant de corps dans les rues que les morgues sont pleines, les cimetières sont pleins», a témoigné le chanteur américano-haïtien Wyclef Jean, venu prêter main-forte à ses compatriotes.

La rage de la population

Beaucoup de Haïtiens exprimaient leur colère contre le peu de réactivité de leur gouvernement. Dans les rues, des bandes de jeunes tentant tant bien que mal de porter secours aux rares survivants criaient leur rage face aux 4X4 des diplomates ou des travailleurs humanitaires qui passaient sans s’arrêter. «Il n’y a pas de gouvernement. On n’a pas d’autorités», déplorait une femme.

L’ancien président Jean-Bertrand Aristide, en exil en Afrique du Sud, s’est dit vendredi prêt à rentrer dans son pays pour «aider à reconstruire». «Nous sommes prêts à rentrer aujourd’hui, demain, à tout moment, pour rejoindre le peuple d’Haïti, partager ses souffrances et aider à reconstruire le pays», a déclaré à la presse Jean-Bertrand Aristide, qui a dominé la vie politique haïtienne pendant près de 15 ans avant d’être contraint de quitter son pays en 2004, confronté à une insurrection armée et des pressions internationales.

Une réunion au sommet a eu lieu jeudi soir à la Maison Blanche entre des représentants de différentes agences et administrations américaines. Un conseiller à la sécurité nationale du président Barack Obama devait partir dans la foulée pour Haïti avec un responsable du Pentagone pour assurer la coordination des secours.