Le vote n'était que consultatif, l'urne avait pris la forme d'un carton, mais le taux de participation, plus de 79%, démontre que l'enjeu revêtait une importance certaine. «Acceptez-vous de voter la confiance au nouveau rédacteur en chef?», telle était la question à laquelle l'ensemble du personnel de la Tribune de Genève, à l'exception du personnel administratif, devait répondre. Le verdict est tombé hier après-midi: 44 «oui», 21 «non», 12 bulletins blancs et 4 nuls.

Tout score nuancé prête à interprétations, celui-ci n'échappe pas à la règle. Pour Marco Cattaneo, c'est la démonstration que son journal «n'est pas une république bananière et qu'il est normal, voire sain, que des tensions s'expriment». Pour le reste, le rédacteur en chef de la TG tient à souligner «qu'on peut faire toutes les analyses qu'on veut, mais que le résultat est clair: deux tiers des votants ont répondu oui, un tiers seulement a dit non». Le calcul auquel se livrent certains membres de la rédaction qui prennent, eux, en compte, les bulletins blancs et nuls donne pourtant un score plus serré: 44 pour, 37 contre.

«Nous constatons que le personnel de la TG a confirmé avec réserve son rédacteur en chef», relève Laurence Bézaguet, présidente de la Société des rédacteurs du titre. Selon elle, plusieurs raisons expliquent cette retenue. Les personnalités qui font l'unanimité sont rares, la ligne politique de Marco Cattaneo est jugée trop néo-libérale par certains membres de la rédaction et, enfin, certaines craintes portant sur l'avenir du titre n'ont pas disparu. «Ce résultat traduit la méfiance d'une partie de la rédaction qui craint une dérive de la TG pour devenir un grand journal local ou vers des informations superficielles», affirme le journaliste Alain Dupraz.

La consultation d'hier, demandée par la rédaction, est la conséquence des tourbillons de février qui avaient vu Guy Mettan, alors rédacteur en chef, brutalement remercié, Marco Cattaneo, son bras droit, désigné pour lui succéder et la TG s'insurger. Au sommet de la TG, la situation est donc normalisée et d'ici quelques semaines, Jean-François Mabut doit venir épauler Marco Cattaneo au poste de rédacteur en chef adjoint. Un retour au bercail pour cet ancien de la TG qui fut, ces dernières années, le bras droit d'Olivier Vodoz, ancien patron du Département des finances. Reste à poursuivre le dialogue sur la place du titre au sein du groupe Edipresse. Une prochaine rencontre est prévue entre la société des rédacteurs et Antoine Exchaquet, l'éditeur délégué de la TG.