Temps fort

Le Conseil fédéral, un champ de bataille

Le grand chambardement des départements, avec Simonetta Sommaruga à Justice et police, a mis les socialistes en colère. Eveline Widmer-Schlumpf est menacée

«Simonetta Sommaruga est tombée dans la souricière!» Le mot d’un dirigeant du PDC résume le résultat du grand chambardement opéré lundi matin par le nouveau Conseil fédéral avec la répartition des départements. Après l’élection complémentaire plutôt apaisée de mercredi dernier, les Suisses attendaient un nouveau départ du Conseil fédéral, plus consensuel et collégial. Patatras! L’ère nouvelle commence comme l’ancienne s’est achevée: dans la frustration. Et avec en plus une belle colère des socialistes (voir ci-dessous).

On s’était préparé à un simple remaniement ministériel, c’est un grand remue-ménage comme on n’en avait plus vu depuis 1960. Depuis le retour des socialistes au gouvernement. Quatre départements vont changer de mains. Et, événement rare, le Conseil fédéral a dû voter pour trancher entre les prétentions des deux nouveaux, Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann. Tous deux souhaitaient reprendre l’Economie. Par 5 voix contre les deux socialistes, l’ancien département de Doris Leuthard est allé au radical et ancien chef d’entreprise Johann Schneider-Ammann.

Il ne restait plus que Justice et police pour la nouvelle ministre socialiste. Simonetta Sommaruga s’est d’ailleurs fendue d’une déclaration écrite, ce qui illustre bien le climat, dans laquelle elle explique que personnellement elle aurait «préféré une solution consensuelle». Manière de dire qu’elle s’est fait imposer son ministère. Elle sera la première socialiste et surtout la première non-juriste à diriger ce département.

Auparavant, selon la règle de l’ancienneté et après Micheline Calmy-Rey qui garde son département des Affaires étrangères, la présidente de la Confédération Doris Leuthard avait exprimé son souhait de reprendre le Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC) laissé par Moritz Leuenberger. Les pressions du président du PDC Christophe Darbellay et des milieux économiques pour que ce ministère retourne en mains bourgeoises ont abouti.

Eveline Widmer-Schlumpf a revendiqué les Finances. Ueli Maurer ne manifestait pas de volonté de quitter la Défense. Tout juste arrivé il y a un an à la tête de l’Intérieur, Didier Burkhalter n’avait pas l’intention de changer.

Un grand perdant, le PS

Le grand perdant de cette nouvelle distribution, c’est le PS. Avec les Affaires étrangères et Justice et police, ses représentantes sont à la tête de deux départements sans grande influence sur la politique intérieure. Une sorte de relégation en seconde division qui souligne la défaite de la gauche dimanche lors de la révision de la loi sur l’assurance chômage. C’est un département empoisonné pour la gauche, qui devra assumer des décisions difficiles de sa ministre dans les dossiers de la lutte contre la criminalité, le traitement de l’asile, la révision du Code pénal. Et en même temps subir les critiques des partis de droite pour qui une ministre socialiste n’en fera jamais assez dans ce domaine.

Un bloc de centre droit

L’arrangement entre PDC et PLR amorce la création d’un bloc du centre droit et un rapprochement, voire une absorption du petit Parti bourgeois-démocratique d’Eveline Widmer-Schlumpf par le PDC. Un bloc majoritaire de quatre conseillers fédéraux pour l’instant. Même si le Conseil fédéral est seul maître de la répartition des portefeuilles, Hans Grunder, président du PBD, et Christophe Darbellay ont admis que ce sujet avait été évoqué lors des rencontres régulières entre eux et le président du PLR Fulvio Pelli. Il n’y a pas eu toutefois d’accord formel entre eux. Dimanche soir, après la table ronde à la télévision alémanique entre les ténors de parti, les jeux étaient déjà faits selon le socialiste Christian Levrat, qui s’en est entretenu avec Fulvio Pelli et l’UDC Toni Brunner.

Le retour de la méfiance

C’est le retour de la méfiance entre partis. Du côté du PS, on se sent trahi. On sait que des engagements avaient été pris entre Fulvio Pelli et Christian Levrat pour respecter quelques règles minimales. D’abord l’usage qui veut que les plus anciens s’expriment en premier sur leur département préféré. Or Simonetta Sommaruga avait un droit de préséance sur Johann Schneider-Ammann. Ensuite favoriser la stabilité. Or un transfert d’Eveline Widmer-Schlumpf aux Finances, alors que son avenir politique est incertain au-delà de 2011, risque d’imposer à ce département trois ministres en moins d’un an.

Nouvelle polarisation

Au lieu d’un retour à la concordance, on s’achemine vers une nouvelle polarisation, sinon au Conseil fédéral, du moins aux Chambres. Les députés socialistes sont remontés. «Nous serons contraints de marquer notre différence en nous opposant aux projets sociaux du Conseil fédéral», insistait l’un des élus. C’est la mort de la révision de l’AVS en vote final, vendredi. Les alliances contre nature entre UDC et PS vont se multiplier.

Réélection compromise

Contrairement aux apparences, malgré le soutien que semblent lui apporter le PLR et le PDC, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf est en position plus défavorable pour une éventuelle réélection en 2011. «Autant élire un UDC pur sucre l’an prochain qu’une conseillère fédérale qui pactise contre nous», s’indignait un conseiller national socialiste. De son côté, la cheffe du groupe radical, Gabi Huber, avait indiqué, lors de l’élection de mercredi dernier, que «l’UDC, premier parti de Suisse, a aussi droit à deux sièges au gouvernement. Ce principe sera tenu vis-à-vis de l’UDC après les élections fédérales de 2011…»

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