Le Conseil suisse de la presse (CSP) fêtait mardi à Berne son 25e anniversaire. Toute la journée, conférences et débats ont développé le thème «Les collaborateurs des médias face aux pressions économiques et politiques». Interview avec le président du CSP, Peter Studer.

Le Temps: Les recommandations du CSP se multiplient sur des sujets très similaires. Cela ne rend-il pas le Conseil de plus en plus inopérant?

Peter Studer: Le CSP a traité un cas en 1990 contre 70 cette année. Et certains thèmes se recoupent, comme le respect de la sphère privée ou les problèmes de discrimination. Pour éviter la surcharge, il existe depuis 2001 un règlement qui permet à la présidence de régler directement les affaires similaires à celles déjà examinées ou considérées comme bagatelles. Mais deux membres du plénum peuvent toujours imposer l'examen en chambre plutôt qu'en procédure simplifiée. Le CSP n'est pas inopérant: même sans plainte, il peut se saisir d'un dossier, comme dans le cas de l'affaire Ringier/Borer. Je souhaite que ce type d'initiatives se multiplie.

– La multiplication des recommandations semble aussi moins inciter la presse à les reprendre.

– Je ne crois pas, du moins en Suisse alémanique où les cas importants sont bien repris.

– Christa Mutter, sollicitée par le CSP pour étudier les pressions économiques exercées sur les journalistes romands, remarque que dans l'affaire Bilan/Jeannet «la composition de la chambre était problématique, plusieurs personnes étant directement ou indirectement liées à Edipresse». Le fait que les membres du CSP sont des journalistes en fonction, dépendant d'éditeurs, ne questionne-t-il pas leur objectivité?

– Non, tous les conseils de la presse européens sont composés en majorité de journalistes. Il s'agit tout de même d'un organe d'autorégulation. Au CSP, nous avons des journalistes libres et des employés. Mais nous sommes dans un petit pays. On touche là aux limites du système de milice.

– Le CSP ne compte-t-il pas, notamment dans la chambre romande, trop de cadres qui peuvent être plus enclins à une certaine empathie vis-à-vis de leurs pairs, comme on l'a reproché dans l'affaire Bilan/Jeannet?

– J'en doute. Dans la première chambre, il n'y a qu'un cadre. La chambre romande, elle, compte des gens qui ont occupé des postes de cadres mais ne le sont plus ainsi que deux représentants du public. D'autre part, la prise de position du CSP sur l'affaire Bilan a été reconnue comme assez sévère.

– Depuis que vous êtes président, vous vous êtes abondamment exprimé sur le manque de moyens du CSP et la nécessité de voir les éditeurs le rejoindre.

– Ce n'est pas pour obtenir plus de moyens que je souhaite que les éditeurs soient partie prenante. La qualité d'un journal dépend autant des journalistes que des éditeurs, qui fondent le titre, le financent et nomment ses dirigeants. Nous n'avons pas encore discuté de la forme de cette collaboration, le conseil de fondation, qui regroupe les quatre associations professionnelles de journalistes, n'ayant pour l'heure pas approuvé l'idée. Quant aux moyens, nous pourrions faire mieux en matière de publications ou d'organisation de séminaires et nous pourrions un peu mieux dédommager les membres bénévoles des chambres.

– Christa Mutter souligne aussi que les pressions subies par les journalistes sont surtout internes, opposant souvent journalistes et hiérarchie. La présence des éditeurs au CSP ne serait-elle pas dès lors une gêne?

– Ce sont moins les éditeurs que les dirigeants qui posent problème et l'association des rédacteurs en chef est déjà partie prenante au CSP. Par ailleurs, mes confrères des conseils de la presse en Allemagne ou en Grande-Bretagne, où les éditeurs sont présents, me disent tous qu'il n'y apparaît guère de conflits d'idéologie ou de métier.

– Le secrétaire central de la FSJ avance que «le CSP ne tient compte que de ce qui est publié. Ainsi, l'un des plus grands problèmes de l'indépendance journalistique (les pressions internes, ndlr) est exclu du contrôle.» Le supplément de moyens que vous réclamez ne devrait-il pas servir à développer vos capacités d'investigation?

– Dans le cas Bilan, le CSP a aussi traité des articles non publiés et du comportement du chef vis-à-vis de ses journalistes. De plus, nous ne sommes pas un tribunal et le temps nécessaire à ce type d'investigations est hors de nos possibilités. Il faut être un peu sommaire dans notre approche: nous basons nos prises de position sur la plainte et sur la réponse de la rédaction.