Sous le sapin, le dernier bijou de la technologie japonaise du jeu vidéo: la console Dreamcast fabriquée par Sega. Cent vingt-huit mégabits pour des images en haute résolution, des temps de chargement rapides et les graphismes en 3D les plus sophistiqués. Un joujou à 399 francs. Ses concurrents (la Playstation de Sony et la Nintendo N64), meilleur marché, sont dépassés sur le plan technologique. Mais papa et maman sont contents: les enfants attendaient cela depuis si longtemps… La distribution européenne de la Dreamcast, annoncée pour septembre, a finalement eu lieu le 14 octobre. Le paquet, rutilant, attend qu'on vienne l'ouvrir. Une fois la bûche dévorée, hop, on déchire le papier d'emballage, branche la console sur la télévision et là, malheur, la connexion Internet ne fonctionne pas. Larmes, regrets éternels.

Ce service (accès au réseau Internet, jeux en réseau) était pourtant l'un des arguments de vente de Sega qui livre sa nouvelle console avec un modem intégré. Prévu dans un premier temps pour le 15 novembre cet accès au Net est finalement repoussé à février 2000. «Nous avons rencontré de graves problèmes techniques, reconnaît Pasquale Di Prizio, product manager à Videophon, société zurichoise importatrice de la console en Suisse. Mais nous travaillons à les résoudre.» Impossible d'avoir plus de détails sur la source précise du problème. «Je préfère ne pas me lancer dans des explications que le grand public ne comprendrait pas et que j'ai moi-même du mal à saisir», avance encore Pasquale Di Prizio en soulignant que la faiblesse du réseau en Europe serait à la source des déboires de Sega. Seuls les ingénieurs qualifiés comprendraient ce qui cloche, à en croire donc Videophon, qui se vante d'autre part d'avoir repéré avant les Français que deux pages manquent à la version francophone du manuel d'utilisation.

En Suisse, c'est Sunrise qui s'occupe de fournir à Videophon l'accès Internet tant convoité, bien qu'il se murmure que Swisscom aurait été approché pour le même travail. Et du côté de l'opérateur privé, on a un avis différent sur la cause du problème. «Le serveur de la filiale européenne de Sega ne fonctionne pas encore, dit René Burgener, directeur du e-business chez Sunrise. La traduction du contenu dans toutes les langues parlées sur le continent prend du temps. Sega Europe a fixé des priorités et nous attendons un courrier de leur part pour savoir si le marché suisse en fait partie. Mais d'un point de vue technique, le service est le même que celui que nous fournissons avec notre accès gratuit au Net, Freesurf, avec un numéro de téléphone différent.» Autre information que Sunrise attend de Londres, siège européen de Sega: les estimations sur le nombre d'utilisateurs qui se connecteront pour jouer en réseau. «Nous avons bien reçu des chiffres, mais ils demandent à être rediscutés. Nous ne voulons pas mener le réseau Sunrise à saturation avec cette opération», dit René Burgener. Selon Pasquale Di Prizio, un quart des propriétaires de Dreamcast se brancheront à Internet pour jouer en réseau. En Suisse, toutes les parties sont d'accord pour dire que Sega n'avait pas identifié tous les problèmes engendrés par la connexion avant de lancer sa nouvelle console. Il s'est vendu en Suisse 20 000 Dreamcast jusqu'à aujourd'hui.

Le délai de février semble réaliste à Videophon comme à Sunrise. A cette date, il sera possible de bénéficier de quatre adresses électroniques par console ainsi que de surfer sur le Web. Pour les jeux en réseau, il faudra attendre jusqu'au mois de juin pour que les produits calibrés pour cet exercice soient disponibles en Europe.

Sur le marché des consoles, bénéficier des derniers apports technologiques ne sert à rien pourtant si l'on ne propose pas les meilleurs jeux. Et de ce côté, la Dreamcast, après un lancement calme, commence à remonter la pente. Ses 128 mégabits ne sont pas un luxe pour faire tourner trois jeux de sport qui sont à classer dans les meilleurs de leurs genres respectifs. Dans le jeu de boxe Ready 2 Rumble, dans NBA Showtime etNFL Blitz 2000 (tous 95 francs, dist. Videophon), respectivement simulations de basket et de football américain, l'animation graphique atteint des sommets. On est presque tenté de laisser ses amis jouer pour jouir du spectacle visuel. Les mouvements des sportifs sont d'une fluidité inédite, NBA Showtime égalant sur ce point la version arcade du même jeu, sortie il y a plusieurs années. Le plaisir du joueur a été pris en compte. Trop peut-être: ces jeux sont parfois trop simples.