Après ses grands débuts au Japon en 1999, son implantation en Allemagne, aux Pays-Bas, à Taïwan et en Belgique courant 2002, l'i-mode a débarqué en France le 15 novembre suite à un accord intervenu en avril entre l'opérateur Bouygues Telecom et le japonais NTT Docomo. Commercialisé dans un coffret comprenant un appareil Nec ou Toshiba pour un coût moyen de 125 francs (suisses), ce service d'accès mobile à Internet offre, contrairement au WAP – qui connut en France un destin peu enviable –, une qualité de connexion accrue et surtout un prix plus accessible.

Concrètement, la technologie i-mode permet, bien évidemment, d'envoyer et recevoir des SMS mais aussi des e-mails (maximum 1000 caractères), de consulter des sites i-mode et WAP et, dès janvier prochain, d'envoyer et de recevoir des MMS. Le tout pour un débit de 40 kb/s puisque Bouygues Telecom utilise dans un premier temps les débits du réseau GPRS avant de bénéficier de l'UMTS. Quant aux coûts, hormis les 4,40 francs d'inscription au service, la tarification se fait selon le volume de données échangées, à raison de 1,40 centime le kilo-octet et non au temps de connexion. A titre d'exemple, un utilisateur envoyant ou recevant 100 e-mails et naviguant sur 100 pages i-mode devra débourser l'équivalent de 12 francs.

Concrètement, une fois l'appareil en main, il suffit d'appuyer sur la touche verte pour entrer dans l'univers i-mode. Cette dernière donne accès à plusieurs dizaines de services. Il est possible de faire défiler l'actualité du jour sur son mobile grâce aux contenus élaborés notamment par l'AFP ou Le Monde, mais aussi de choisir un restaurant, photo à l'appui, de réserver une table, ou de suivre les cours de la Bourse en temps réel. La navigation est agréable et les temps de téléchargement sont raisonnables. On apprécie particulièrement la définition du terminal i-mode NEC n21I capable d'afficher 10 lignes et 256 couleurs. Une définition qui permet de jouer à un jeu vidéo ou de visionner une photo.

C'est du côté du mode de facturation qu'apparaissent les véritables atouts de cette technologie. Inutile de passer son temps à regarder le compteur. Une fois l'application téléchargée, libre à l'utilisateur de la garder sous les yeux indéfiniment. Ce qui se révèle très utile notamment lors de la consultation d'une carte routière. D'autant que grâce à l'onglet «Mon compte», les utilisateurs pourront garder un œil attentif sur leurs dépenses. Un compteur spécial de surveillance indique, en effet, le volume d'informations échangées en kilo-octets.

Malgré ses atouts, l'i-mode n'a a priori aucune chance de percer en Suisse, à en croire les trois opérateurs actifs dans le pays. Tant Sunrise qu'Orange et Swisscom affirment ne voir aucun intérêt dans cette technologie et s'estiment très satisfaits des services WAP qu'ils offrent actuellement. «Nous n'avons pas envie de lancer un service identique au WAP, et pour lequel nous devrions peut-être payer des royalties, affirme Mathieu Janin, porte-parole de Sunrise. Si trop de promesses avaient été faites lors du lancement du WAP, aujourd'hui, le service est performant et rapide grâce à son couplage avec le GPRS.» Certes, la norme GPRS autorise désormais une transmission d'une trentaine de kilobytes par seconde, mais le côté austère du WAP n'a, lui, pas disparu.

Thérèse Wenger, porte-parole d'Orange, croit peu au succès de l'i-mode en Europe. «Les Japonais sont extrêmement enthousiastes face aux dernières nouveautés technologiques. Ici, les consommateurs attendent surtout d'un service qu'il fonctionne.» Aujourd'hui, 11% du trafic sur le réseau Orange est constitué de données, essentiellement générées par l'utilisation du WAP, et «ce chiffre croîtra davantage encore avec la percée des messages multimédias (MMS)», se réjouit Thérèse Wenger. Swisscom attend quant à lui résolument l'UMTS. «Nous ne voulons pas franchir une étape supplémentaire entre le GPRS et l'UMTS, explique Christian Neuhaus, porte-parole. Le problème principal du WAP, sa vitesse, sera résolu en 2004 avec l'UMTS.» D'ici là – et si cette date est tenue –, les téléphones seront encore avant tout utilisés… pour téléphoner!