Couleur 3 ne se contente pas de changer de fond en comble son programme. La troisième chaîne de la Radio suisse romande, qui a complètement modifié sa grille au début du mois de mai, cherche également de nouvelles voix «pour accompagner» ses auditeurs. Ces nouvelles voix devraient rajeunir les effectifs de la radio au moment où celle-ci a décidé de viser à nouveau plus spécifiquement la tranche des 15-25 ans, un public cible qui s'est perdu au fil des ans: la chaîne a subi une érosion dramatique de son audience. «Nous avons vieilli avec nos auditeurs et nous voulons renouveler nos effectifs», expliquait ainsi en mai dernier Vincent Steudler, le patron de Couleur 3.

La RSR publie donc ces jours dans la presse des annonces mettant au concours des postes d'animateurs/animatrices. Des annonces qui ont été insérées pour la Suisse romande dans Le Temps, mais également dans le quotidien parisien Libération. Ce n'est pas la première fois que Couleur 3 cherche des animateurs au travers de la presse française. Le fondateur de la radio, Jean-François Acker, avait fait de même en 1986. A l'époque, la grande majorité des animateurs de Couleur 3 étaient en effet d'origine française, les responsables du programme ne trouvant pas en Suisse le style de personnalité qu'ils souhaitaient.

La situation est aujourd'hui un peu différente. «Dans les années 80, relève Vincent Steudler, il y avait très peu de gens en Suisse romande qui possédaient une expérience de radio, alors qu'en France les chaînes locales existaient déjà depuis plusieurs années. Aujourd'hui, on trouve plus facilement ici des jeunes qui ont déjà parlé dans un micro.» Actuellement, la moitié environ des animateurs de Couleur 3 est d'origine française. «Notre style est assez particulier et les voix que nous proposons ne correspondent pas vraiment à celles que l'on rencontre habituellement sur la bande FM», ajoute le patron de la station. Le troisième programme de la RSR préfère donc former lui-même ses animateurs: «Plusieurs jeunes, essentiellement des Romands, que nous avons engagés ces derniers mois sont actuellement en formation, mais ils ne sont pas encore mûrs pour assurer toutes les tranches.»

Parallèlement, un certain nombre d'anciens, qui étaient parfois là depuis une dizaine d'années, ont quitté la radio ou souhaitent réduire leur temps d'antenne pour faire autre chose. Sans compter que la nouvelle grille s'est avérée à l'usage beaucoup plus exigeante au niveau de l'animation. La direction de la station s'est donc aperçue qu'il lui manquait des forces vives. «J'ai besoin d'une ou deux personnes qui soient immédiatement disponibles sur l'antenne, note Vincent Steudler. Nous avons déjà cherché un peu partout en Suisse romande mais sans succès pour l'instant. D'où l'idée de mettre des annonces dans la presse et de viser également le marché parisien. Ce n'est pas que je cherche absolument des Français, mais j'ai besoin de gens qualifiés et originaux, des sortes d'ovnis radiophoniques qui décadrent complètement des autres radios. Si je les trouve en Suisse, c'est encore mieux.»

L'annonce publiée hier dans Libération fixe le profil recherché: des animateurs ou animatrices entre 20 et 30 ans, «confirmés/ées, possédant déjà une solide expérience radiophonique et une bonne culture générale, pouvant s'adapter au rythme de la demande et des nouveautés musicales, sachant s'adresser à l'auditoire cible dans son langage avec humour et enthousiasme».

Il y a treize ans, une jeune Française avait répondu à l'annonce que Jean-François Acker avait insérée dans Libération. Après un peu plus d'une année sur Couleur 3, Michèle Durand-Vallade a par la suite longtemps travaillé sur Espace 2; elle est aujourd'hui chargée de la formation à la RSR. «Fin 1986, raconte-t-elle, des amis m'avaient incitée à répondre à cette annonce. J'avais travaillé durant trois ans dans des radios locales de province, puis j'étais devenue chargée de mission au Sénat. Il me semblait que je n'avais pas du tout le profil recherché, mais je me suis quand même présentée. Après une audition avec Acker, j'ai été prise, moi, avec mon look de petite fille sage dans cette équipe de déjantés! Ils m'ont engagée pour parler de cul pendant la nuit… Ce n'était pas évident de s'intégrer dans l'équipe. Finalement, j'ai passé sur Espace 2 et je suis restée à la radio suisse.»

Parmi les autres Français de la 3, on peut aussi citer la fameuse Madame Ming qui venait de Radio 7, un programme de Radio France destiné aux jeunes est qui a cessé ses émissions à la fin des années 80. Un certain nombre de ses animateurs se sont par la suite retrouvés sur Couleur 3. Quant à Noël-Noël, après un passage sans lendemain sur la TSR, il est toujours présent, avec son humour potache, sur la Trois.