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Le coup de sang d’un rédacteur en chef suisse et franc-maçon

Dévoiler, en tant que parlementaire valaisan, son appartenance maçonnique? Le rédacteur en chef de «La Cité», Jean-Noël Cuénod, qui assume en toute transparence son appartenance maçonnique, s’étrangle. «Une gousse de vieux fascisme dans la fondue valaisanne», écrit-il, tandis qu’il dissémine son plaidoyer sur les réseaux

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Le coup de sang d’un franc-maçon sur son blog

Dévoiler, en tant que parlementaire valaisan, son appartenance maçonnique? Un blogueur s’étrangle

Publiée sur Facebook et sur le site du Nouvelliste le 2 septembre, l’information selon laquelle une majorité de députés valaisans, menés par l’UDC et le PDC, voudraient modifier le règlement du parlement cantonal en obligeant les députés à déclarer, le cas échéant, leur appartenance à une loge maçonnique n’a cessé depuis de bouronner.

On utilise le verbe bouronner, comme on dit d’un feu qui couve, car l’on sent bien à lire les commentaires publics sur Facebook ou sur Twitter que les internautes s’avancent – en tous les cas publiquement – avec beaucoup de précaution.

Que le débat soit précautionneux, il n’est pas difficile de le comprendre: la pratique maçonnique étant de nature plutôt discrète, qui plus est en Valais, aucun bruyant tsunami de protestations. C’est donc dans certains posts de blog relayés sur Twitter et Facebook qu’il faut aller chercher la discussion.

Le plus acéré est certainement celui de Jean-Noël Cuénod, rédacteur en chef de La Cité, sur son blog hébergé par Mediapart, «Un plouc chez les bobos». Citation: «Il en va toujours ainsi en Suisse. C’est dans les régions où les étrangers sont les moins nombreux que l’on vote le plus xénophobe. C’est dans les villes sans mosquée que l’on craint le plus l’érection des minarets. Et c’est dans un canton où il y a peu de francs-maçons, le Valais, que l’on s’apprête à prendre contre eux des mesures discriminatoires. Inouï dans un pays, la Suisse, qui doit tant à la franc-maçonnerie dans la création de ses institutions démocratiques!»

Le ton est donné. Et pour qui ne connaîtrait pas Jean-Noël Cuénod, une recherche sur Wikipédia permet, en toute transparence, d’en savoir plus sur le signataire: «Franc-maçon, il est membre de la loge La Constance à Aubonne, l’une des plus anciennes loges de la Grande Loge suisse Alpina. Il est aussi rattaché à la loge La Pensée écossaise, du Grand Orient de France à Paris.» La notice ajoute que le Conseil d’Etat du canton de Genève l’a nommé président d’une commission de la Constituante chargée de se pencher sur les relations avec les communautés religieuses.

Sur le secret d’appartenance, le journaliste argumente: «Personnellement, je n’ai jamais tu mon adhésion à la franc-maçonnerie. Mais une telle décision relève du libre arbitre de chacun. Pour certains, la franc-maçonnerie fait tellement partie de leur sphère intime qu’ils n’entendent pas la transformer en sujet de conversation. Sont-ils indignes, pour autant, d’exercer un mandat politique?»

Il s’interroge ensuite: «Pourquoi ces sempiternelles attaques contre la franc-maçonnerie? Parce qu’elle propose un cheminement personnel vers une spiritualité sans dogme. […] Ce cheminement est intérieur et s’accomplit dans le silence. […] La franc-maçonnerie n’est pas une société secrète. Mais il est vrai qu’elle ne fait pas de prosélytisme actif, contrairement aux institutions confessionnelles, aux partis et aux associations. On dit d’elle qu’elle est une société discrète. […] Je préfère la qualifier de société tournée vers l’intériorité.»

Sur Facebook, certains applaudissent tandis que d’autres en tirent prétexte pour enfoncer la franc-maçonnerie, soupçonnée de trop de pouvoirs occultes.

Et les francs-maçons eux-mêmes? Philippe Lang, grand maître du Grand Orient de Suisse: «Chez les frères et les sœurs, il y a ceux qui voient revenir avec angoisse le spectre de l’initiative Fonjallaz, qui voulait, dans les années 1930, faire interdire la franc-maçonnerie en Suisse. Et il y a ceux et celles qui attendent de voir.» Une chose est sûre: ce n’est pas sur les réseaux sociaux que les frères et les sœurs en débattront – publiquement. A l’exception notable de Jean-Noël Cuénod.

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