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Coup de théâtre au Palais fédéral en 1983

La candidate officielle du Parti socialiste fut éliminée lors de l’élection au Conseil fédéral. Depuis, le «cas Uchtenhagen» est emblématique des manœuvres politiques des parlementaires en de telles occasions

« Ce dernier mercredi aura été, à Berne, la plus longue matinée de la session. C’est en effet dans un climat d’extrême tension que l’on a assisté à l’élection du socialiste soleurois Otto Stich et du radical vaudois Jean-Pascal Delamuraz. […] L’Assemblée fédérale s’est immédiatement retrouvée au cœur de la controverse, devenue particulièrement vive dans la soirée de mardi, sur la candidature socialiste. […]

Les partis bourgeois étaient-ils parvenus dans la soirée à se mettre d’accord sur une candidature socialiste alternative à celle de Lilian ­Uchtenhagen en la personne du Soleurois Otto Stich? L’exercice, apparemment, avait fonctionné mieux qu’on ne l’aurait cru, puisque le président André Gautier pouvait annoncer l’élection de ce dernier au premier tour par 124 voix, soit une de plus que la majorité absolue. Un torrent d’applaudissements saluait cette annonce à droite, une incrédulité glacée à gauche. Eliminée avec 96 voix, la candidate officielle du parti socialiste, Lilian Uchtenhagen, acceptait le verdict avec une superbe dignité.

Satisfaction à droite, peine et colère à gauche, les commentaires allaient bon train dans la salle des pas perdus en attendant l’élection suivante. La vive réaction du parti radical mardi soir l’avait laissé entrevoir, les commentaires hier matin le confirmaient, les partis bourgeois n’avaient accepté la pression ni du groupe Ringier, qui avait fait une campagne d’une ampleur encore jamais vue en faveur de Lilian Uchtenhagen, ni du président du parti socialiste, Helmut Hubacher. Encore que les menaces d’Helmut Hubacher (les socialistes quitteront le gouvernement, proclamait-il, si leur candidat officiel n’est pas élu) puissent constituer pour certains un commode alibi, on entendait de tous côtés revendiquer l’élection d’Otto Stich comme une manifestation d’indépendance et de résistance aux pressions. Les élus socialistes qui, de leur côté, maudissaient Helmut Hubacher, corroboraient en partie cette appréciation. […]

L’Office des vins vaudois avait bien organisé les choses dans la salle des pas perdus et seule une légère incertitude venait troubler une première et immédiate célébration de la victoire de Jean-Pascal Delamuraz: Otto Stich accepterait-il son élection? Il fallait attendre la fin de la suspension de séance demandée par les socialistes. Ceux-ci sortaient d’un bref conclave avec la mine grave, voire catastrophée, résignés à l’élection contre leur gré d’Otto Stich. Et c’est d’une voix extrêmement émue que le nouveau conseiller fédéral socialiste, arrivé de son bureau bâlois, devait accepter de succéder à Willi Ritschard. L’affront est insupportable, affirmaient alors certains élus socialistes, on ne peut continuer à participer au gouvernement en compagnie de gens qui nous dénient le droit de choisir nos propres candidats. […] »

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