Le ralenti télévisé est une épreuve extrêmement cruelle pour les femmes, et particulièrement pour les sportives. Parce qu'il décompose le mouvement au lieu d'en capter simplement le trait, l'énergie ou la grâce. Parce qu'il met en évidence des détails (cellulite, rictus de l'effort, peau détachée du muscle) que la vitesse d'exécution, en général, empêche de voir. Parce qu'il mathématise l'émotion au lieu de la musicaliser. C'était frappant hier lors de la demi-finale opposant Martina Hingis à Monica Seles.

Nous ne reviendrons pas sur les résultats sans appel de ce match. Reconnaissons tout de même à la Suissesse une certaine classe dans la défaite et une manière étrange, parfois émouvante, de sourire après ses mauvais coups comme si la jeune fille se gourmandait mentalement. Mais revenons au ralenti. Monica Seles, en vitesse normale ou plus lente, avait toujours à peu près le même visage, la même masse, la même densité (preuve de sa concentration?). Martina, en revanche, a été trahie quelquefois: visage plus âgé, corps un rien désynchronisé et, surtout, jupe trop courte qui laissait voir des culottes flottantes et une épilation bikini un rien approximative. Cet après-midi-là, il a suffi de ce petit détail agrandi à la loupe du ralenti pour savoir que Martina serait vaincue sur la terre battue.