Jon Messner est sans doute l'un des plus célèbres propriétaires de sites X. En août, cet Américain avait réussi à s'emparer de l'un des sites Web supposé d'Al-Qaida, alneda.com. Jon Messner avait attendu que la validité de l'adresse arrive à échéance pour ensuite la louer immédiatement à son propre nom. L'Américain avait animé et mis à jour le site, faisant croire aux visiteurs que l'ancien propriétaire était toujours actif. La supercherie avait duré cinq jours, le temps que les utilisateurs se rendent compte de l'imposture. Depuis, Jon Messner a transformé alneda.com en site de discussion et continue, comme des dizaines de particuliers, à traquer Al-Qaida sur le Net. Une véritable guerre de l'information se poursuit sur le réseau, menée par des privés résolus à en éradiquer toute forme d'islamisme.

Certains spécialistes de la traque d'Al-Qaida, tel l'informaticien Andrew Weisburd, ont récemment cru déceler un message de l'organisation sur le site personnel d'un amateur de science-fiction. Oussama Ben Laden y aurait caché un message à l'intention des membres de son réseau. D'après Andrew Weisburd, les activistes d'Al-Qaida, privés du site alneda.com, communiqueraient désormais entre eux des informations dans des sous-répertoires de sites grand public. Ou alors en changeant très rapidement l'adresse. D'autres organisations dupliquent leur site sur plusieurs serveurs miroirs, ce qui en rend la traque très compliquée.

Andrew Weisburd est sans nul doute le fer de lance de la cyberchasse d'Al-Qaida. Né à la pointe sud de Manhattan – «il y avait deux hauts bâtiments là-bas, vous devez en avoir entendu parler…» –, il affirme «travailler pour protéger les juifs, parce que la situation l'exige». Les seuls terroristes qu'il traque sont musulmans, car selon lui «le but de l'islam prôné par Al-Qaida et ses groupes apparentés est de me détruire moi et mon peuple». Aidé par «des dizaines de personnes présentes dans de nombreux pays», il actualise chaque jour sa liste de sites musulmans présumés terroristes, qu'ils appartiennent à des groupes caucasiens, saoudiens ou palestiniens. Que contiennent ces sites, dont la plupart sont en arabe? Des appels à la guerre sainte, des discours attribués à Oussama Ben Laden, ou des informations concernant la mort de soldats américains en Afghanistan. «J'ai décidé d'agir en juin ou en juillet, lorsque j'ai vu que le site de la Société Islamique de Gaza appelait des enfants à devenir martyrs», explique Andrew Weisburd. Son but est bien sûr de faire fermer ces sites. Il revendique la fermeture ou le déplacement de 35 sites, 30 autres étant actuellement traqués.

Le hic, pour Andrew Weisburd, c'est que plusieurs fournisseurs d'accès, situés hors des Etats-Unis, rechignent à obtempérer. «Certains s'en fichent. D'autres affirment que des agences du gouvernement leur ordonnent de garder ces sites ouverts.» Plus surprenant encore, même certains hébergeurs américains n'agissent pas. «Pour eux, tous les revenus sont bons à prendre, affirme Andrew Weisburd. Ils sont ainsi fréquemment hostiles à nos demandes.»

Comment expliquer la relative passivité des autorités américaines? «Plusieurs lois antiterroristes autorisent le gouvernement à agir. Mais il ne veut pas passer pour liberticide, et j'ai l'impression qu'il préfère que ce soient des citoyens, comme moi, qui fassent fermer ces sites». Durant les cinq jours où il s'était fait passer pour l'administrateur d'alneda.com, Jon Messner avait tenté, sans succès, d'alerter le FBI. «La majorité des agents sont dans le bleu lorsqu'on leur parle d'Internet, et les rares qui s'y connaissent sont submergés d'informations.» Contacté, Reuven Paz, analyste à l'«Institute for Counter-Terrorism» en Israël, estime néanmoins que les chasseurs de sites terroristes «atteignent plutôt bien leurs objectifs».