Internet permet toutes les audaces et la Banque Cantonale de Genève (BCGE) est certainement en train de l'apprendre à ses dépens. L'internaute amateur, curieux de la chose financière et désireux d'en connaître un peu plus sur la BCGE, arrive en effet immanquablement sur un site parallèle, pour peu qu'il remplace le «. ch» par «. net» à la fin de l'adresse électronique. En d'autres termes, sous le libellé «banquecantonaledegeneve. net» apparaît, tel qu'il se décrit, le «site officiel des personnes déçues par la BCGE». Une page d'accueil l'invite d'ailleurs à «entrer, voir et juger» par lui-même, non sans lui avoir donné un avant-goût de l'esprit qui anime le site. Le chevron rouge, emblème de l'ensemble des banques cantonales, y figure bel et bien mais doté d'une queue de diablotin et de dents de crocodile prêtes à croquer des dollars.

Quant à l'iconographie, elle est parfaitement identique à celle utilisée par le site de l'Union des banques cantonales suisses, à ceci près que les slogans ont largement été modifiés. «Avec nous, faites bouger les choses» devient «Avec nous, cassez-vous la gueule!» ou «Avec nous, vous avancez plus rapidement» se mue en «Avec nous, surveille tes arrières!» Sans oublier que «Nos placements rapportent plus» se traduit par «Nos placements ne rapportent plus!»

Les auteurs de la démarche annoncent d'emblée la couleur. «Ce site n'a pas pour vocation d'être médisant, injurieux ou diffamatoire. Il a pour vocation d'informer de façon complète et de tenir au courant toute personne soucieuse et curieuse du fonctionnement de la Banque Cantonale de Genève.» Et d'ajouter, non sans ironie: «Ce site peut contenir des images ou des textes susceptibles de choquer la sensibilité de certaines personnes. C'est en toute connaissance de cause que vous entrez.»

Et si la suite promet bel et bien des informations croustillantes sous les rubriques «Historique», «Blanchiment», et surtout «Révélations», l'internaute reste pourtant largement sur sa faim. Les deux premières sont exclusivement alimentées d'articles de presse retraçant les déboires financiers de la BCGE, déjà connus du grand public depuis des mois. Quant à la dernière de ces pages, un petit bonhomme se fracassant la tête sur un clavier d'ordinateur l'annonce… en construction. La visite se termine par un répertoire d'associations ayant des doléances à faire valoir envers la BCGE et par une invitation aux particuliers à faire part de leurs expériences vécues avec la banque.

Inutile de dire que l'encadrement de la BCGE est déjà au courant de cette nouvelle apparition sur le réseau et qu'il n'a pas l'air d'apprécier l'usurpation de sa raison sociale. «Nous ne pouvons évidemment pas interdire la création de sites parallèles, explique Corinne Mory, porte-parole de la banque. Pour l'instant, nous cherchons à identifier les auteurs avec une équipe informatique chargée de les détecter.» Sans résultat pour le moment, car ceux-ci ont pris la peine de brouiller les pistes. Rappelons qu'il suffit de quelques dizaines de francs pour s'octroyer l'exclusivité d'une adresse sur Internet. La BCGE n'ayant pas songé à bloquer les «.com», «. org» et«.net» pouvant ponctuer son apparition sur la Toile, un particulier ou une société a pu s'en charger avec le résultat que l'on sait. Pour la BCGE, les suites à donner sont claires: «Nous allons entamer les démarches nécessaires pour récupérer le domaine entier de notre nom sur Internet, poursuit Corinne Mory, afin d'éviter toute confusion auprès du public. Mais cela signifie que nous devons remonter à la source du site sans quoi il n'y a pas de négociations possibles. Nos informaticiens semblent avoir trouvé les auteurs.»

Dans un premier temps, la piste menait en Californie, non sans rappeler la genèse du site «Innocent» (qui relatait les potins entourant la naissance de ce journal) dont personne n'avait réussi à identifier les auteurs avant que ceux-ci ne se fassent connaître. Reste que si «banquecantonaledegeneve.net» interpelle, tournant volontiers en dérision l'image que veulent se donner les banques cantonales en général et la BCGE en particulier, il n'apporte guère d'éléments nouveaux permettant d'alimenter le débat. Seul subsiste pour l'instant cette pointe d'humour que les financiers concernés sauront apprécier…