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Delacroix dans le paysage parisien de «Charlie Hebdo»

La photographie de Martin Argyroglo est une vraie peinture

Delacroix dans le paysage parisien

Image La photographie de Martin Argyroglo est une vraie peinture

Depuis dimanche, on la voit un peu partout, cette photographie. Elle évoque, presque sans aucun détour, le tableau La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix, inspiré de la révolution des Trois Glorieuses en 1830. Le 25 juillet de cette année-là, le roi Charles X publie quatre ordonnances dans le but d’écraser son opposition.

Ces mesures comprenaient entre autres la suspension de la liberté de la presse. Dès lors, comment ne pas faire le parallèle avec les caricaturistes de Charlie Hebdo? Impossible, tant cette image du photographe Martin Argyroglo ( @argyroglo sur Twitter) «est composée sur le modèle de la peinture, avec une contre-plongée qui donne un caractère disproportionné à la statue, un premier plan et cet enchevêtrement de corps si typique de l’histoire de la peinture», commente Laurent Wolf, critique d’art collaborateur au Temps , auteur de Vie et mort du tableau et d’ Après le tableau (Ed. Klincksieck, 3 vol.).

Les nombreuses personnes perchées sur la statue Le Triomphe de la République, sise sur la place de la Nation, créent cette ressemblance historique qui n’est pas intrinsèque à la photo elle-même, mais incarnée dans «l’idée qu’elle porte», commente André Vande Vonder sur le site de La Dernière Heure belge. Autrement dit, son auteur «a cadré de manière instinctive et ça donne cette image équilibrée, à partir d’une autre, mémorielle, déjà fixée dans la rétine», dit Laurent Wolf.

Au-delà, poursuit-il, ce regard s’inscrit parfaitement «dans le paysage parisien qui est marqué par l’histoire de la République – d’ailleurs, les socialistes actuellement au pouvoir ont choisi leur parcours traditionnel, de République à Nation».

Bref, il s’agit d’une illustration de la thèse développée par Maurice Halbwachs dans La Mémoire collective , le sociologue qui s’est intéressé à ces représentations collectives induisant les symboles publics d’une société.

Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi le rassemblement de Paris, en ce dimanche 11 janvier 2015, «va marquer les vies»: «parce qu’il est une rencontre avec d’autres, dans un espace symbolique, qui à la fois remémore le souvenir et en crée un nouveau», précise Laurent Wolf. Certes, «Delacroix n’était pas lui-même devant les barricades, au contraire d’Argyroglo, mais tout ce que ce dernier voit et fixe ici, en dehors de lui-même, ces symboles et ces belles formes géométriques», la lumière du fumigène qui se propage, le drapeau, les bras levés, tout cela participe de l’image qui frappe.

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