automobile

Dépassé, facile à contourner, le système des tests automobiles meurt avec le scandale Volkswagen

Le laxisme des tests européens est dénoncé par l’ONG européenne Transport et Environnement, dont la cousine américaine a dénoncé les astuces de Volkswagen. Elle réclame des tests en conditions réelles, pour la pollution comme pour la consommation d’essence

Tests automobiles, un système truqué

Automobile Volkswagen n’est pas le seul constructeur à «bricoler» ses normes de pollution

Le laxisme des tests européens est dénoncé, y compris sur la consommation d’essence

En Suisse, les voitures truquées vont devoir être révisées

A l’heure actuelle, personne ne sait si d’autres constructeurs que Volkswagen (VW) ont mis au point un stratagème aussi sophistiqué qu’un logiciel fraudeur pour pouvoir passer les tests de pollution aux Etats-Unis et en Europe.

Mais il est évident, aux yeux des spécialistes et selon les enquêtes menées par le bureau européen de l’organisation Transport et Environnement (TE), que des méthodes douteuses ont été utilisées par de nombreux constructeurs pour parvenir à passer les tests.

De plus, il est évident que les émissions de pollution au dioxyde et monoxyde d’azote (NOx) et au CO2, publiées par les constructeurs sur la base des tests d’homologation désuets de leurs nouveaux véhicules, sont très éloignées de la réalité.

Ces chiffres officiels, de plusieurs dizaines de fois inférieurs aux valeurs réelles de NOx lâchées dans l’environnement, et jusqu’à la moitié de la pollution au CO2 réelle, sont largement utilisés dans les compagnes publicitaires et l’étiquetage «vert» des modèles présentés aux consommateurs.

«L’affaire des moteurs diesel de Volkswagen n’est que la pointe de l’iceberg. J’en suis absolument persuadée», affirme Julia Poliscanova, du département véhicules propres de l’organisation Transport et Environnement (TE) basée à Bruxelles. TE est en lien avec l’organisation ICCT, qui a averti les autorités américaines de contrôle de leur fort soupçon de fraude de VW. «Nous n’avons pas la preuve formelle que sur les 11 millions de moteurs diesel litigieux du groupe VW, certains ne respectent pas non plus les normes européennes NOx, moins sévères que les normes américaines, mais c’est vraisemblable», souligne Julia Poliscanova. La sévérité des normes américaines NOx (43 mg/km depuis 2004 contre 80 mg/km selon la norme européenne Euro 6 dès 2015) a manifestement incité VW à la fraude, qui a été étendue de 2009 à 2014 à l’ensemble des moteurs diesel de type EA189, soit bien au-delà des 482 000 véhicules destinés au marché américain.

Le problème de l’obsolescence technique des contrôles de pollution CO2 et NOx est évident aux yeux des spécialistes. Conçus au milieu des années 1960, ils ne correspondent plus à un test logique des véhicules modernes. Ils sont conduits en grande partie sur banc d’essai, sans accélération notable. Les limites peuvent donc être facilement atteintes par quelques trucs. Sans aller jusqu’au logiciel pirate commandé par VW à Bosch en 2007, ces astuces pour passer l’examen, en tout cas en Europe, sont connues des professionnels. L’organisation TE en relève pas moins de onze, dont le débranchement de l’alternateur qui alimente la batterie, pour réduire la consommation d’essence. La pose, pour le test, de pneus spéciaux à faible adhérence ou surgonflés, voire l’utilisation d’un lubrifiant spécial pour améliorer l’efficacité énergétique du moteur font également partie de la liste.

«Et puis, souligne Julia Poliscanova, les constructeurs choisissent un pays administrativement laxiste pour effectuer le test, ensuite valable dans toute l’Union européenne.» Le résultat des contrôles «grandeur nature» est éloquent. «Une seule voiture sur les dix testées, en l’occurrence une Porsche, entrait en réalité dans les normes NOx Euro 6», constate Julia Poliscanova. VW n’est pas la marque la moins bien notée. Elle se classe mieux qu’Opel, BMW, Mercedes ou Citroën.

Les indications officielles d’émissions de CO2, liées à la consommation d’essence, sont elles aussi éloignées de la réalité. Elles dépassent par exemple de 40 à 50% les valeurs indiquées pour plusieurs Mercedes, la Peugeot 308 ou la Renault Mégane. Le seul constructeur qui aurait passé le test en conditions réelles est Toyota, constate l’organisation ET, qui évalue à 450 euros en moyenne par an la facture de carburant supplémentaire payée par le consommateur, comparé à ce qu’il devrait payer si les normes annoncées étaient respectées.

Si VW s’est fait pincer aux Etats-Unis, c’est aussi parce qu’un contrôle ultérieur, soit après homologation, peut y être réalisé. «L’Europe doit absolument s’inspirer des méthodes américaines, explique Julia Poliscanova. Il s’agit d’autoriser des tests sur des voitures prélevées chez les vendeurs, et de confier le contrôle du système à une instance indépendante. Ce dernier point est primordial si l’on sait qu’en Europe ce sont les constructeurs eux-mêmes qui financent leurs propres contrôles.»

La question des contrôles est abordée ce mardi au niveau ministériel européen à Bruxelles.

Les automobilistes paient 450 euros d’essence en trop du fait de normes biaisées

Publicité