A première vue, les banquiers suisses présentent un front uni face à l’assaut. Au sein de l’Association suisse des banquiers (ASB), ni le directeur bientôt retraité, Urs Roth, ni le nouveau président, Patrick Odier, ne prennent d’ailleurs plus la peine de s’exprimer publiquement, tant leur propos n’a pas varié depuis avril dernier. Que la tension monte avec la France, l’Italie et maintenant l’Allemagne, le secteur bancaire s’en tient à sa dernière offre: le projet Rubik. Le reste relevant de la politique, il revient au Conseil fédéral de négocier.

Rubik prévoit un «impôt libératoire» perçu par les banques et reversé aux fiscs de chaque pays selon leur propre assiette fiscale. Urs Roth s’est rendu à Bruxelles en décembre dernier pour défendre cette «proposition très généreuse», sans toutefois calmer les esprits. Aucun pays n’a jusqu’ici montré d’intérêt. En Suisse même, des doutes se font jour. Sans le dire trop ouvertement, des fiscalistes observent que la volonté de renoncer à toute clientèle non déclarée et l’introduction d’un impôt libératoire sont une contradiction dans les termes. D’autres estiment que, en offrant aux Etats étrangers de leur déléguer la perception d’impôts, les banquiers suisses feraient face à un «problème de crédibilité». Plus poli, le ministre des Finances du Luxembourg avait loué l’ambition de la construction, tout en la décrivant «irréaliste».

L’exemple du Liechtenstein

Quoi d’autre? Des voix se sont élevées pour demander l’introduction d’ u ne loi sur l’assistance fiscale . L’idée est de poser des conditions strictes dans lesquelles la Suisse peut transmettre des noms aux fiscs étrangers qui en font la demande. Problème: une telle loi pourrait vite entrer en conflit avec la vingtaine de conventions fiscales signées par la Suisse ces derniers mois.

Reste l’exemple du Liechtenstein . Soumise au même problème de liste volée, la Principauté s’en est mieux sortie que la Suisse. Ses banques se sont engagées, avec certains pays, à n’accepter de nouveaux clients que sur présentation d’une attestation de bonne conduite fiscale. Patrick Odier s’était laissé aller à suggérer cette idée l’an dernier avant de se faire rabrouer par son confrère Ivan Pictet, président de l’association Genève Place Financière. Depuis, l’ASB répète que la proposition d’un «quitus fiscal» était «juste une idée» .