Kim Schmitz, alias Kim Dotcom, a tenu parole. L’homme fort de Megaupload, service de partage de fichiers désactivé début 2012 par les Américains, se faisait fort de relancer un service similaire. Ce fut chose faite dans la nuit de samedi à dimanche, avec le lancement du site web Mega ( https://mega.co.nz/)., pile un an après la déconnexion de Megaupload. Malgré une saturation des serveurs, il a été possible de tester en partie ce service dont le développement suscite encore beaucoup de questions

Commentfonctionne Mega?

Le site se présente de manière très sobre, comme un hébergeur de fichiers. Mega fait la différence avec ses principaux concurrents par l’espace de stockage proposé de manière gratuite: 50 Go, soit nettement plus que les 2 Go du concurrent Dropbox, les 5 Go de Google Drive ou encore les 7 Go du service Skydrive de Microsoft. Pour s’offrir davantage d’espace, il faut payer: 500 Go pour 9,99 euros par mois, 2 TB pour 19,99 euros et 4 TB pour 29,99 euros. Des tarifs qui, là aussi, sont beaucoup plus avantageux que les offres payantes des concurrents traditionnels.

La seconde différence par rapport aux concurrents est le chiffrement utilisé. Mega emploie un système de clé privée-clé publique chiffrée en 2048 bits RSA. Le chiffrement s’effectue de manière aléatoire, en utilisant aussi les déplacements du curseur de la souris. Cette clé protège ainsi les fichiers et permet, assure Kim Dotcom, que seules les personnes possédant les clés puissent accéder aux fichiers. Kim Dotcom affirme que les clients de feu Megaupload pourront récupérer, via Mega, leurs données anciennement mises en ligne – mais à condition que la justice américaine l’autorise. Pour mémoire, Megaupload affirmait rassembler jusqu’à 50 millions d’utilisateurs.

Notre test de Mega a été partiel, vu l’apparente saturation des serveurs hébergés en Nouvelle-Zélande. Après une confirmation d’inscription reçue par e-mail deux heures après l’enregistrement (pseudo, mot de passe, e-mail), il a été possible d’utiliser Mega. Mais le simple chargement («upload») d’un fichier PDF de 300 Ko n’a pas été possible – là encore certainement à cause de soucis liés à la saturation (plus de 250 000 utilisateurs dans les premières heures). Mega est utilisable directement dans son navigateur web (Chrome, de Google, est recommandé) et aucun logiciel n’est donc à installer.

L’interface de Mega est dépouillée: l’on pourra voir ses fichiers stockés en ligne, sa corbeille, sa boîte de réception et ses contacts.

Quelle pourra être son utilisation?

L’échange de fichiers, bien sûr. Avec une telle capacité gratuite (environ 40 films), Mega permet de stocker ses films et ses chansons en ligne et de les faire partager à ses amis – pour autant qu’on leur en donne l’autorisation. Mais il n’y a pas de moteur de recherche de fichiers dans le site, ni d’index. Tout se passe et se passera entre deux internautes, a priori – voire à plus large échelle sur des forums de discussion, sans doute.

Quid de la fiabilité et de la légalité?

Poursuivi en justice (lire ci-dessous), Kim Dotcom a voulu assurer ses arrières: vu que les dossiers et les fichiers sont cryptés, ni son équipe, ni les autorités ou la justice ne savent ce qu’ils contiennent. Kim Dotcom et son équipe veulent croire qu’ils ne pourront être tenus coupables de la moindre infraction à la loi sur le droit d’auteur – mais cela reste à prouver, tant les Etats-Unis avaient déployé des moyens importants pour faire tomber Megaupload. Des actions en justice sont donc possibles.

Dans les conditions générales, on observe que Mega conserve les identifiants et les adresses e-mail et se réserve le droit, le cas échéant, de collaborer avec la ­justice.

Côté sécurité, même si le système de chiffrement est solide, un expert, Nadim Kobeissi, a estimé ce week-end qu’il n’était pas de la dernière génération. Et que certains dossiers pourraient ne pas être chiffrés comme espéré.

Quels serontles nouveaux services?

Pour Kim Dotcom, le plus dur est à venir, puisqu’il parle depuis des mois du lancement de Megabox, un concurrent direct au magasin de musique iTunes d’Apple. Megabox prévoit de verser 90% du prix de vente d’une chanson à l’artiste. Mais son lancement n’est toujours pas agendé.