«Quatre chasseurs étrangers sont actuellement en train de faire des passes d’armes autour de la Coupole fédérale. Mercredi, le chef du Département militaire fédéral (DMF), Arnold Koller, a informé ses collègues du Gouvernement […] des résultats de l’évaluation préliminaire, destinée à sélectionner deux avions de combat, avant le choix définitif. […]

Un dollar très favorable

Pour l’heure, la décision sélective n’est pas encore tombée. Berne constate seulement que les deux avions américains, le F-16 de General Dynamics et le F-18 de McDonnell-Douglas, arrivent en tête du hit-parade des préférences «compte tenu des aspects financiers», c’est-à-dire d’un dollar très favorable. Suivent le Mirage 2000, de la société française Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation (AMD-BA), et le JAS 39 suédois, produit par Saab-Scania. Ce dernier n’ayant pas encore officiellement volé, il ferme naturellement le bal.

Très diplomatiquement, le Conseil fédéral souligne la nécessité de poursuivre un certain nombre d’études sur les incidences politiques et économiques du futur choix. Car il va de soi que l’acquisition d’une quarantaine d’appareils, représentant une enveloppe de 3 à 4 milliards de francs, implique un très large processus d’échange d’intérêts. Au niveau économique, outre le prix, il faut notamment considérer les compensations (contre-affaires, transferts de techniques, licences, etc.). Au niveau politique (étroitement lié au facteur économique), il y a trois cartes à jouer: l’Amérique, l’Europe, ou la neutralité. Laquelle est la meilleure? Enfin, au niveau militaire, la grande question tient évidemment en une phrase: cet avion est-il le bon?

Après avoir analysé et soupesé ces divers paramètres, dans les prochains mois Berne proposera deux avions pour la phase définitive d’évaluation finale (prévue en 1989). En attendant, dans les coulisses, la cote des Etats-Unis ne cesse de monter alors que, parallèlement, un certain nombre de politiciens tentent de faire passer l’idée de présenter au moins un choix américano-européen.

A ces considérations politico-économiques s’ajoute en outre un problème de timing. Il faut savoir par exemple, que si l’avion suédois, le Gripen (Griffon), ne vole pas encore, ce n’est pas parce qu’il est en retard, mais au contraire parce qu’il appartient à la nouvelle génération des avions multitâches et hautement informatisés. Dans cette perspective, notons aussi que chez les Français, la nouvelle génération en gestation, ce n’est pas un Mirage, mais le Rafale, dont Paris vient d’ailleurs de commander 250 exemplaires pour l’armée de l’air et 80 pour sa marine.

Un idéal inaccessible

Compte tenu de tous ces éléments, et des nombreux intérêts qu’ils recouvrent, on comprend qu’il ne soit guère aisé de se prononcer rapidement. Maintenant, pour répondre simplement à la question «quand et que faut-il acheter?», disons que pour la Suisse, l’idéal serait sans aucun doute d’acquérir aujourd’hui déjà un Rafale, payé en dollars et testé par les Suédois. Rêve parfaitement inaccessible.