Deux flashs de quinze et vingt minutes, une émission spéciale d'une heure, un Téléjournal qui a bénéficié de deux fois plus de temps que d'habitude pour évoquer les résultats électoraux. La Télévision suisse romande (TSR) a mis hier un accent appuyé sur les résultats du vote populaire sur l'initiative «Oui à l'Europe!».

«Nous avons un peu modifié notre dispositif habituel, confirme Christophe Chaudet. Les séquences de plateau ont quelque peu gagné en importance puisque nous avons hérité du studio quatre, qui est le plus grand de la Télévision.» Autre mesure: l'utilisation de deux cars, à Berne, à la brasserie Altes Tramdepot que les responsables du NOMES avaient choisie comme point de chute, Zurich et au Palais fédéral. La correspondante bruxelloise de la TSR était également mobilisée comme une trentaine de journaliste durant la journée.

Flashs spéciaux. Le studio 4 est blanc immaculé, percé de colonnes rougeoyantes. Romaine Jean porte une veste de velours rouge. La couleur, l'étoffe sont comme empruntées au théâtre. Tout, dans ces émissions spéciales, est question de mise en scène. Elle sera sobre dans les flashs spéciaux, consacrés aux réactions à chaud. Les résultats provisoires sont annoncés puis commentés par des membres du personnel politique sur le plateau. Premier crochet par la brasserie bernoise pour constater, avec le journaliste parlementaire André Beaud, que «l'ambiance est lourde», «les critiques sévères» envers le Conseil fédéral. Les tee-shirts bleus des jeunes membres du Nomes contrastent avec les cravates du plateau genevois. Lors du second crochet, un orchestre apparaîtra dans le dos du journaliste, formation de trio jazz. Plus probable cependant qu'ils jouaient du blues. C'est du moins ce que la déclaration d'un Romand exilé à Zurich, jeune trentenaire, pouvait lui inspirer: «Une certaine forme d'idéal européen est morte aujourd'hui.»

Emission spéciale, 17 h 30. Le public est entré sur le plateau genevois: des membres de la société civile (Bénédict Hentsch, banquier privé, André Kudelski, entrepreneur), des éditorialistes (Jacques Pilet, Ariane Dayer, Chantal Tauxe), des représentants politiques. Tous sont debout et la parole est donnée par Alain Rebetez, qui n'hésitera pas à enlever précipitamment le micro de la bouche de ceux qui ne répondent pas précisément et avec célérité à ses questions. Assis, à la gauche et la droite de Romaine Jean, des promoteurs ou soutiens de l'initiative (François Cherix, coordinateur de la campagne des initiants, et Jean-Philippe Maitre, PDC) et des opposants (Charles Beninasca, ASIN, et Serge Beck, Parti Libéral). La carte de la Suisse apparaît sur le mur d'écran. Elle est entièrement rouge. Ce résultat sanglant a comme effrayé les intervenants. Le débat sera en effet éteint, les vainqueurs et les vaincus ne réussissant pas à atteindre ni la rage ni le triomphalisme des idées qui auraient pu polariser leurs propos.

«Notre dispositif était aujourd'hui (hier, n.d.l.r.) à peu près habituel, tempère Filippo Leutenegger, rédacteur en chef de SF DRS. Il était plus important que celui de la TSR, mais c'est toujours le cas, ce qui est normal. Nous consacrons plus de temps au débat politique de manière générale.» Si la Télévision romande a consacré un temps d'antenne important à l'initiative européenne durant la campagne (série de sujets de deux minutes au Téléjournal dès le 29 janvier, Droit de cité en prime time), hier, sa consœur a pris une option différente avec moins de couverture pendant la campagne (un débat en direct, Arena, «moins animé que d'habitude car les positions étaient claires en Suisse alémanique», selon Filippo Leutenegger) mais plus hier avec trois flashs et un débat réunissant les cadors de la politique suisse, soit les chefs des partis socialistes, démocrates-chrétiens, radicaux et UDC. Moins de mise en scène, ici. Les hommes, debout derrière des pupitres transparents, sont filmés de front. Derrière eux, un public de jeunes adultes. Comme pour rappeler que l'initiative était dite «des jeunes». Ils ne piperont mot des trente-cinq minutes de débat.