Haïti

Le dilemme du matériau à utiliser

En Haïti, les habitations sont, pour la plupart, construites avec du béton de mauvaise qualité

Béton de meilleure qualité, renforcé avec de l’acier, ou plutôt briques de terre, glaise, gravier et bois? La question du matériau à utiliser pour reconstruire des maisons haïtiennes capables de résister aux colères de la nature agite les experts.

Premier constat: les maisons effondrées dont ont été extraits le plus grand nombre de morts ont été bâties en béton de mauvaise qualité, pauvre en ciment et contenant trop de sable, qui lui-même recèle du sel responsable de la corrosion des armatures de métal. Selon un rapport du gouvernement, plus de 60% des maisons, souvent construites à la hâte et avec peu de moyens, ne correspondent pas aux normes de base. Même le palais présidentiel, dont une partie s’est aplatie comme une crêpe, a été mal conçu. Pas assez de colonnes, pas assez d’espaces ouverts.

Manque de compétences

«Le béton n’est pas seulement mauvais parce que les gens veulent économiser sur la qualité mais aussi parce qu’il manque une main-d’œuvre qualifiée et le savoir technique nécessaire pour le travailler correctement», précise Patrick Coulombel, président de la fondation Architectes de l’urgence basée à Paris. Il s’est rendu en Haïti avec des collègues quelques heures après le séisme, et leur premier travail a consisté à évaluer, sécuriser et solidifier les structures existantes. Patrick Coulombel ajoute que les maisons en bois qui datent de la fin du XIXe siècle, les gingerbread houses, ont mieux tenu. C’est aussi le cas des cabanes des bidonvilles, situées dans les ravines, moins meurtrières. Fabriquées à base de matériaux légers, elles sont par contre menacées par les glissements de terrain, car elles n’ont pas d’ancrage au sol.

Et maintenant? Faut-il privilégier la construction d’habitations en bois? Ivan Vuarambon, architecte et expert en reconstruction, actuellement en mission d’évaluation à Port-au-Prince pour le compte du Corps suisse d’aide humanitaire, ne trouve pas l’idée absurde. «Mais il faudra sans doute faire face à une certaine réticence de la population pour ce genre de structures dans des zones cycloniques. De nombreux ouvrages réalisables avec des méthodes simples sont pourtant disponibles pour ce type de contexte», dit-il en donnant l’exemple du Bangladesh et du Mozambique.

Du bois importé, donc cher

Mais voilà: l’idée, séduisante, serait coûteuse. En raison de la déforestation massive dont souffre l’île, il faudrait importer le bois, ce qui ne stimulerait pas l’économie locale. «Mais ce sera aussi le cas si l’on recourt à des structures en acier ou du béton de meilleure qualité», commente Patrick Coulombel. En Indonésie, Architectes de l’urgence a récemment mis sur pied un système d’auto-construction (cash for work), où une maison de 50 m2 érigée avec du matériel local revient à environ 3000 francs. Mais, en Haïti, il n’y a pratiquement pas de matériaux de construction à disposition, insiste-t-il. Difficile donc d’édifier des bâtiments aux normes parasismiques à des prix vraiment «abordables».

Construire avec de la glaise et de la terre pourrait certes provoquer moins de morts que du béton de mauvaise qualité en cas de nouveau séisme. Mais, en Haïti, le danger ne vient pas que du sol: les habitations doivent aussi pouvoir résister aux ouragans et aux pluies diluviennes qui s’abattent sur l’île. Pour Ivan Vuarambon, des maisons en terre, d’un seul niveau, ne seraient par ailleurs envisageables que dans des zones rurales, où la maîtrise de ce type de construction existe encore, pas dans des zones urbaines où se concentre l’essentiel de la population.

En clair: les architectes privilégient à ce stade plutôt des structures en béton ou maçonnerie, de meilleure qualité et mieux conçues. Ce qui ne peut se réaliser que si l’aide internationale finance des programmes de reconstruction à grande échelle.

Publicité