«Nous n'avons rien contre le principe de subventions à la presse. Mais ce soutien doit se faire sans fausser le jeu de la concurrence. Selon nous, ce n'est pas le cas avec les primes à la fidélité accordées par La Poste qui jouit d'un avantage concurrentiel par rapport aux autres entreprises dans la distribution matinale des journaux.» La Commission de la concurrence a recommandé hier au Conseil fédéral de supprimer les primes que La Poste accorde à ses meilleurs clients pour le transport de journaux. Pour Patrik Ducrey, directeur suppléant de la Commission, «les éditeurs ne sont pas libres d'organiser la distribution matinale de leurs titres comme ils l'entendent». La volonté du législateur de servir une presse diversifiée n'est donc pas respectée ici, dit-il. La Poste a pris connaissance de cette recommandation hier, sans vouloir en dire plus.

Depuis 1996, La Poste a introduit un rabais de 10 ct. par exemplaire aux éditeurs qui lui confient la totalité de leur tirage, et de 5 ct. si la part dépasse la moitié du tirage. La majorité des petits éditeurs a préféré garder son réseau de distribution propre. Edipresse a choisi de passer par le géant jaune et la société privée genevoise Epsilon. Or cette dernière est détenue à 66% par La Poste et pour le reste par Edipresse. La Poste inclut les exemplaires distribués par Epsilon dans son calcul. Edipresse jouit ainsi d'un rabais maximum. Même situation à Berne où les éditeurs qui passent par la société Bevo se voient accorder des primes maximales «alors que ceux qui passent par la Zuvo, à Zurich, dont La Poste n'est pas actionnaire, ne bénéficient pas de ce privilège», souligne Patrik Ducrey.

En soi, le système est régulier car le même avantage est accessible à tous. «Mais il ne respecte pas le but poursuivi par cette réglementation, avance Patrik Ducrey: le maintien de la pluralité de la presse, puisque les grands groupes bénéficient également de ces avantages.» La ComCo propose donc d'instaurer un système d'aides directes. «Mais c'est aux autorités politiques de décider ou de proposer de meilleures solutions», souligne Patrik Ducrey. Ces aides directes, Manuel Grandjean y est opposé. Le rédacteur en chef du quotidien genevois Le Courrier avait attiré l'attention du public en janvier dernier sur le problème soulevé par la ComCo. Selon lui, l'aide à la presse doit bien se concentrer sur la distribution, mais en tenant compte d'autres critères que la fidélité. «On pourrait accentuer un critère qui entre déjà en ligne de compte: le montant de la publicité dans les recettes du titre distribué. Plus il bénéficie d'annonces, moins il recevrait d'aides. Ou alors pratiquer un tarif échelonné proportionnel au tirage.» Le Courrier a demandé au groupe qui travaille sur le problème au Département de la communication d'être reçu. «Ces groupes parlent avec les syndicats d'éditeurs comme Presse romande qui représente les grands éditeurs, déplore Manuel Grandjean. Elle doit s'intéresser en priorité aux petits. Le problème est que les éditeurs qui ont intérêt à ce que la volonté du législateur soit respectée ne sont pas légion.»