Relance contre rigueur

Un front se dessine entre les Américains et les Européens. Dans une lettre envoyée la semaine dernière à ses homologues, le président américain considère la sauvegarde et le renforcement de la reprise comme la «plus haute priorité». Barack Obama, qui appelait les Européens à mettre de l’ordre dans leurs finances publiques au plus fort de la crise de l’euro, renvoie l’assainissement budgétaire à plus tard. Il juge la reprise encore fragile et trop peu créatrice d’emplois.

Depuis plusieurs semaines, des économistes s’inquiètent de la multiplication des programmes d’austérité adoptés en Europe. La Grande-Bretagne a annoncé mardi un tel plan pour ramener le déficit des finances britanniques de 10% du produit intérieur brut à 1% en 2016. La France en prépare un.

Critiquée pour le sien, la chancelière allemande Angela Merkel a dit qu’elle tiendrait bon. Elle a été soutenue mercredi par une lettre, envoyée par le président de l’UE et par celui de la Commission.

Régulation financière

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont aussi pris la plume. Dans leur courrier, ils placent la régulation financière en tête de l’agenda. Dans les actes, les Etats avancent cependant en ordre dispersé pour régler le problème des banques trop grandes pour faire faillite. Les Etats-Unis souhaitent pouvoir couper les établissements en deux, tandis que les Européens veulent essentiellement renforcer les fonds propres. Par ailleurs, le lobby bancaire s’active pour limiter ce renforcement en avançant que cela pénaliserait l’octroi de crédit, un effet contesté pas les banques centrales.

De leur côté, les Chinois et les Brésiliens, dont le système financier a résisté à la crise, n’en font pas un sujet central.

Taxe bancaire

Le premier ministre canadien a clairement fait savoir qu’il n’en veut pas. La Chine ne se sent pas concernée, et l’idée d’une taxe avait été rejetée lors du G20 des ministres des Finances, début juin.

Cependant, en début de semaine, Britanniques et Français ont annoncé inscrire une taxe ­bancaire dans leurs budgets. Les Allemands défendent aussi le principe, tout comme les Américains.

Dans le détail cependant, l’objet de ces taxes varie. Londres et Paris y voient un moyen de renflouer de plusieurs centaines de millions de livres ou d’euro leurs finances publiques. Berlin privilégie la création d’un fonds d’assurance, qui serait actionné lors de la prochaine crise financière. Washington souhaite l’utiliser pour faire payer aux banques le coût de leur sauvetage.