Il a beau avoir résisté mieux que les autres aux vices de l’azur glissant de Madrid, Roger Federer se serait quand même pris quelques bleus au cours de sa semaine espagnole. Depuis dimanche soir, depuis qu’il a émis l’hypothèse de faire l’impasse sur Rome, la rumeur lui prête un corps meurtri.

Mardi, sur le court No 5 du Foro italico et devant des foules hystériques, le Bâlois a tapé la balle pendant 45 minutes avec l’anonyme Marco Cecchinato, matricule 507 à l’ATP. A priori rien à dire si ce n’est quelques grimaces qui n’auront pas échappé aux observateurs avertis. Et qui nourrissaient encore en fin de journée l’incertitude quant à sa participation. Son premier match, contre Carlos Berlocq, est programmé mercredi après-midi. Mais il n’est pas exclu qu’il annonce le matin sa décision de renoncer.

En jeu pour lui, l’assurance de son intégrité physique pour Roland-Garros. S’il a quelques bobos consécutifs au tournoi de Madrid, Federer ne prendra pas le risque de compromettre sa participation à un Grand Chelem et optera pour le repos. Il a toujours été à l’écoute de son corps et géré son emploi du temps en fonction. Cette rigueur lui a permis de ne jamais déclarer forfait avant ou au cours d’un majeur.

Mais jouer ou non à Rome cette semaine est un choix délicat. C’est l’occasion de réapprivoiser la terre, la vraie. De plus, sa deuxième place mondiale, acquise lundi au détriment de Rafael Nadal, pourrait lui échapper à l’issue du tournoi s’il laisse l’Espagnol marquer 325 points de plus que lui au Foro italico. Or ce deuxième rang pourrait être précieux à Roland-Garros. Il pourrait lui éviter de voir Nadal se dresser sur sa route si le tirage au sort plaçait ce dernier dans la partie de tableau de Novak Djokovic. «Je ne pense pas à ça, nous avait-il confié à Feusisberg, alors encore numéro 3. Si je veux gagner le tournoi, ça passe par Rafa. Et s’il n’est pas là, ça veut dire que quelqu’un aura mieux joué que lui et il faudra vaincre cette personne. Après, est-ce plus difficile de battre Novak ou Rafa pour gagner? Je ne sais pas.» En fait, il sait que si ces deux-là se cognent entre eux en demi-finales, ça lui facilite la tache. De même, Nadal préférerait sûrement voir Federer terrasser Djoko comme l’an dernier. Interrogé lundi à ce sujet, Rafa minimisait lui aussi l’incidence du rang. «Que je sois numéro 2, 3 ou 10 ne change pas mon objectif. Ça change les demi-finales, mais pour gagner il faut battre les meilleurs.» Et d’avouer tout de même: «J’espère terminer la saison sur terre de manière à être dans une meilleure position que 2e pour attaquer le gazon.»