Comment SSR-SRG idée suisse peut-elle concilier son mandat de service public et les impératifs de rentabilité dévolus à toute entreprise du secteur privé? Cette question taraude chaque unité d'entreprise et particulièrement la radio publique alémanique. Son directeur, Walter Rüegg, tente vaille que vaille de consacrer un maximum de moyens pour optimiser ses programmes. Or, radio DRS a un problème de taille: ses trois chaînes sont produites dans trois studios principaux (Berne, Zurich et Bâle) et trois régionaux (Aarau, Lucerne et Saint-Gall). Si la direction et DRS2 ont leur siège à Bâle, Zurich accueille DRS1 et 3 ainsi que l'administration et la formation. Le département de l'information, qui produit les multiples journaux quotidiens pour les trois chaînes, diffuse lui depuis Berne. Cette dispersion est particulièrement mal vécue à l'heure où les investissements informatiques sont de plus en plus coûteux et les revenus de la SSR toujours plus stagnants. En mettant sous un même toit DRS1, DRS3 et le département de l'information, la direction espère simplifier le mode de travail et donner un peu plus de pep à un programme qu'on qualifiera de très sage, pour ne pas dire endormi. Les économies engendrées serviront en partie à renforcer les rédactions régionales.

Walter Rüegg a donc planché l'année dernière sur trois variantes. Il propose de centraliser partiellement les chaînes de SR DRS soit à Berne, soit à Zurich, soit d'optimiser le système éclaté actuel. En choisissant la Ville fédérale, radio DRS investirait 96 millions de francs. En s'installant sur les bords de la Limmat, le coût ne serait plus que de 75 millions. Dans les deux cas, la rationalisation engendrée permettrait une baisse des frais de fonctionnement de 6 millions de francs par année à partir de 2006. En optimisant le statu quo, Radio DRS devrait tout de même débourser 90 millions de francs – cette troisième variante l'oblige à tripler l'investissement de base – et la rationalisation ne permettrait de gagner que 2 millions de francs dès 2006. Fort de ces considérations, la direction a très clairement fait savoir au Directoire du conseil régional (le conseil d'administration, ndlr) qu'elle privilégiait l'un des deux premiers scénarios.

Les desiderata de Walter Rüegg seront-ils pris en compte? Rien n'est moins sûr, car, comme toujours avec «idée suisse», les politiques ont vite fait de s'en mêler. Le Grand Conseil bernois y est allé de sa motion, demandant au gouvernement de tout entreprendre pour garder un studio principal dans le canton. Pour leur part, les gouvernements bâlois ont mis du temps à réagir, mais ils sont d'autant plus décidés que les variantes Berne-Zurich signifient un déclin de prestige et d'influence pour la cité rhénane. C'est le Directoire du conseil régional qui prendra cependant la décision définitive en juin 2001. Or ce conseil est présidé par Hans Fünfschilling, un ancien conseiller d'Etat… de Bâle-Campagne, aujourd'hui représentant de son canton au Stöckli. Et sa position est claire: la SSR doit participer activement à la structure fédéraliste du pays. De plus, il peut s'appuyer sur le projet de loi sur la radio-TV actuellement en procédure de consultation. L'article 21 y a été complété en faveur des cantons: «S'agissant de la production des programmes, la SSR doit tenir compte des intérêts des différentes régions.» Or, quand on parle de production, politiquement, on pense «studio»… Et Alfred Hostettler, adjoint scientifique à l'Ofcom, d'ajouter: «Les sensibilités sont telles que ce qui peut sembler un enjeu régional à Zurich est considéré comme d'importance à Bâle. Pour stimuler un débat national, il faut d'importantes rédactions dans différents coins du pays.»

DRS – RSR: même combat

Pourtant Gérard Tschopp, directeur de la Radio Suisse romande, vole au secours de son collègue alémanique: «On nous demande d'un côté de nous comporter comme une entreprise et de l'autre on nous oblige à travailler selon des contraintes politiques: c'est inacceptable.» L'important, fait-il valoir, est que le produit qui sort du poste réponde au mandat assigné au service public. Les moyens mis en œuvre pour y parvenir doivent être laissés à la discrétion de l'entreprise. Ainsi, le rapatriement d'une partie des activités genevoises à Lausanne permet d'économiser 1,9 million de francs par année et augmente la marge de manœuvre de la RSR. «Option Musique et Internet sont les fruits de cette restructuration», soutient Gérard Tschopp.

Comme pour souligner la difficulté de trancher entre rentabilité et fédéralisme, le Directoire du conseil régional a renvoyé Walter Rüegg à ses copies. Aux trois variantes présentées, le conseil d'administration lui a demandé d'étudier en plus les coûts d'une centralisation totale de son unité d'entreprise à Zurich, Berne ou Bâle. La réponse est attendue ce mois encore. La décision finale devrait, elle, intervenir fin juin.