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A Ecône, l’avenir des intégristes se joue sous tension

Le Chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X s’ouvre lundi à Ecône (VS) dans un climat tendu. La réconciliation avec Rome semble compromise

Le Chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) s’ouvre aujourd’hui à Ecône, en Valais. Il devrait permettre de faire le point sur l’état des négociations entre Rome et les lefebvristes. Alors qu’une réconciliation semblait acquise au mois de mai, tout a changé au mois de juin.

La réintégration de la Fraternité au sein de l’Eglise catholique pourrait nécessiter de nouvelles négociations, voire aboutir prochainement à un échec, selon l’historien français Luc Perrin, spécialiste du mouvement lefebvriste et professeur à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg.

Le 13 juin, le cardinal Levada, ex-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a communiqué à Mgr Fellay, Supérieur général de la FSSPX, les conclusions de Benoît XVI au terme des discussions doctrinales entreprises entre les deux parties en 2009.

Le pape a proposé à la Fraternité une solution canonique, à savoir une prélature personnelle sur le modèle de celle créée pour l’Opus Dei par Jean Paul II. Il s’agit d’une sorte de diocèse sans territoire qui donnerait à la Fraternité autorité sur ses membres. Il a également proposé une nouvelle version du Préambule doctrinal qui énonce les conditions garantissant la fidélité au Magistère et permettant à la Fraternité de réintégrer le giron de Rome. Or, durant la dernière semaine du mois de juin, Mgr Fellay a fait savoir publiquement qu’il ne pourrait signer ce nouveau document, «clairement inacceptable» à ses yeux.

La première mouture de ce Préambule avait été soumise à Mgr Fellay le 14 septembre 2011. La Fraternité avait rejeté ce texte et proposé une autre solution, qui semblait satisfaire le pape. Dans un entretien paru le 7 juin sur le site internet de la FSSPX, Mgr Fellay relevait que «Rome ne [faisait] plus d’une acceptation totale de Vatican II une condition pour la solution canonique».

De son côté, le Vatican avait remarqué que les lefebvristes ne rejetaient plus de manière définitive le magistère de Vatican II. Du moins ceux qui suivent Mgr Fellay. Car dans un courrier adressé à ce dernier début avril, les trois autres évêques que compte la Fraternité se sont clairement opposés à tout rapprochement avec Rome.

En rejetant la nouvelle mouture du Préambule proposée par le pape, Mgr Fellay a-t-il cherché à recréer l’unité au sein de la Fraternité, au bord d’un schisme interne? Luc Perrin ne le pense pas. «En mai, Mgr Fellay était toujours nettement favorable à la réconciliation, comme le montre une lettre qu’il a envoyée aux trois évêques qui y sont opposés. Il ne s’agit donc pas d’une tactique. Il y a eu un revirement à Rome.»

«A la mi-mai, poursuit Luc Perrin, un certain nombre de car­dinaux ont exprimé leur mé­contentement sur la solution proposée par la Fraternité. Mgr Kurt Koch, le cardinal suisse responsable des relations œcuméniques, aurait fait savoir qu’il n’était pas satisfait du processus de réconciliation. Le 13 juin, lorsqu’il est allé à Rome pour recevoir la réponse du pape, Mgr Fellay s’attendait à des retouches mineures du document. Or il a constaté que cette nouvelle version du Préambule reprenait en substance les propositions de septembre 2011, rejetées par la Fraternité.» Selon l’historien, le Préam­bule imposerait à nouveau l’acceptation totale de Vatican II sans droit à la critique.

D’après Luc Perrin, tout se passe à Rome comme si le dossier lefebvriste n’était plus une priorité. En témoignent certaines nominations effectuées récemment, comme celle de Mgr Gerhard Ludwig Müller, qui remplace le cardinal Levada à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi. «Sa nomination a été très mal reçue dans les milieux traditionalistes, dit-il. En 2009, il s’était positionné de manière très hostile contre la Fraternité», poursuit l’historien. Le district allemand de la Fraternité s’est d’ailleurs étonné publiquement de la nomination de Mgr Müller, qu’il accuse d’avoir enfreint la doctrine catholique à plusieurs reprises.

La nomination de Mgr Joseph Augustine Di Noia, auparavant secrétaire de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, comme vice-président de la Commission Ecclesia Dei chargée des relations avec la FSSPX, étonne aussi. «Dans le passé, il n’a jamais manifesté beaucoup d’intérêt pour le dossier lefebvriste», souligne Luc Perrin. Enfin, la nomination de Mgr Arthur Roche comme nouveau secrétaire de la Congrégation pour le culte divin laisse également songeur. «C’est un homme hostile à la liturgie traditionaliste», explique Luc Perrin.

Selon l’historien, le Chapitre général de la Fraternité va probablement juger que le Préambule est inacceptable. Rome va-t-il jouer les prolongations ou conclure à l’échec des négociations? La Fraternité va-t-elle mettre fin au processus de réconciliation? L’optimisme qui prévalait en mai quant à l’issue des négociations entre Rome et la Fraternité a désormais cédé le pas au pessimisme.

D’après Luc Perrin, tout se passe à Rome comme si le dossier lefebvriste n’était plus une priorité

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