Réflexion stratégique d'un groupe de presse d'une part, attachement personnel au titre de l'autre et avec comme résultat: un changement de propriétaire qui a surpris le monde de la presse romande. Edipresse a en effet décidé de vendre le bimestriel Animan à un groupe d'investisseurs privés emmenés par Marcel Pasche, actionnaire majoritaire, mais aussi actuel directeur général adjoint du groupe… Edipresse!

Double casquette

«La situation est un peu délicate et je me suis interrogé sur cette dualité, concède l'intéressé. Mais je me retire du groupe l'année prochaine. Jusque-là, je serai très attentif à ne pas mélanger les casquettes. Animan va du reste être complètement externalisé (départ des locaux, sortie du fichier d'abonnement et du département vente d'espaces publicitaires, ndlr.)» Jusqu'à changer d'imprimerie? «Ce n'est pas encore décidé, mais c'est possible.»

Le prix de la transaction? Personne ne veut l'articuler: «Je ne peux pas vous le donner», déclare Kaspar Von Hammerstein, secrétaire général d'Edipresse Suisse, mais c'est «une très grosse somme, précise Marcel Pasche, la même qu'a offert un des autres candidats à la reprise (l'éditeur allemand du National Geographic, ndlr.)»

Pourquoi Marcel Pasche? «Il en avait envie, répond Kaspar Von Hammerstein, et c'est vrai que ses liens avec le groupe ont joué.» «Comme directeur général adjoint d'Edipresse, j'étais en accord avec la décision de se défaire du titre, explique l'intéressé. Ce qui m'a fait me lancer c'est quand j'ai compris que le repreneur ne s'intéressait qu'au fichier abonnés (environ 27 000 noms, ndlr.) et pas au titre. Il allait disparaître, alors que c'est un produit de qualité qui ne ressemble pas aux autres magazines du secteur.»

Edité 6 fois par an à 33 234 exemplaires (moins 2501 entre 2000 et 2001), dont 11 357 en allemand et 21 877 en français, Animan a été lancé en 1981 par des privés, puis racheté par Edipresse en 1990. Il représente 1,8 poste de travail. «Et même s'il a régulièrement balancé entre chiffres rouges et chiffres noirs, ce n'est pas la raison de la vente», affirme Kaspar Von Hammerstein. La raison? «Le titre était trop marginalisé dans notre structure, il n'avait pas de liens avec nos pôles de développement stratégique actuels: pôle économique, pôle santé, pôle presse quotidienne. Il n'était pas assez libre.»

Aspect pratique

Pour le nouveau patron propriétaire, les priorités sont simples: «Stabiliser. Améliorer le contenu, renforcer l'identité du titre et un certain côté pratique. Et enfin le développer, d'abord du côté de la Suisse alémanique, puis de la France. Il y a quinze ans, Animan s'y vendait à 45 000 exemplaires.»