Même Le Temps l’écrivait mercredi: «Un Mitterrand dans le gouvernement Sarkozy». Mais jusqu’à nouvel avis, ce gouvernement-là est encore celui de François Fillon, non? C’est dire si l’hyperprésident français qui vient de se mirer dans les ors de Versailles renforce sa stature quasi monarchique dans la valse des nominations au sein de sa garde rapprochée.

«C’est surtout François Fillon que l’on aimerait consoler», écrit, sarcastique, Le Progrès de Lyon, «car il reste [en place] , le Premier ministre. Indispensable parce qu’invisible, nécessaire car muet.» Même s’il surprend la presse hexagonale, l’avènement, rue de Valois, de Frédéric Mitterrand ressemble à une «bonne farce servie à la gauche, qui sait bien que le neveu vif-argent n’est guère fidèle à l’oncle tutélaire, mais qui devra supporter néanmoins les inconvénients de cette niche familiale et homonymique», selon Libération. Le journal parle d’«une certaine fermeture politique»: «L’ouverture, somme toute, aura duré ce que durent les roses sur un champ de bataille, l’espace d’une manœuvre.» «Sarkozy avait besoin d’un acte politique fort», pense au contraire Guillaume Tabard, journaliste politique au Figaro, dans une vidéo postée sur le site du grand quotidien de la droite.

«Une nomination calembour», donc, au sein d’une «garde compacte et efficace» constituée, selon les Dernières Nouvelles d’Alsace, grâce à «un recadrage strict de l’équipe ministérielle»: Frédéric Mitterrand «est charmant, ductile, chaleureux et ouvert sur la culture d’aujourd’hui», écrit encore Libé, qui titre en une: «La farce tranquille». «Dandy télégénique et cocasse, il est aussi empreint d’une certaine gravité que la vie lui a enseignée, agile avec les mots et les images et surtout homme de spectacle, un peu comme le Président.»

«Je savais que j’étais dans les petits papiers de Nicolas Sarkozy», explique au Monde le neveu de l’ancien président socialiste, qui relaie une interview accordée à VSD, selon lequel il aurait été prévenu de sa nomination vendredi soir par l’Elysée. «Il aurait immédiatement accepté le poste, ne serait-ce que pour voir la «tête de Jack Lang devant son poste de télévision», a-t-il confié», relate le magazine.

Il «zappe» ainsi Christine Albanel, qui avait «encore des projets», dit-elle au Journal du dimanche. Et «agace [déjà] Sarkozy», selon L’Express, en annonçant lui-même son couronnement. «Mitterrand avait dégainé dans l’après-midi, et du coup c’est toute l’annonce du remaniement qui en a été avancée – ce qui aurait rendu […] Sarkozy absolument furieux contre son nouveau ministre, ça commence bien», rigolent Les Inrockuptibles.

«C’est probablement le plus gros coup de Sarkozy face à la gauche, analyse Le Parisien-Aujourd’hui en France. En appelant Frédéric Mitterrand, neveu de l’ancien président, à la Culture, Sarkozy a secoué à nouveau les socialistes, comme il l’avait fait pour le premier gouvernement Fillon en nommant Kouch­ner aux Affaires étrangères.» Ces socialistes que Marianne 2 qualifie de «muets» sont d’ailleurs bien empruntés dans le commentaire, à l’image de Pierre Moscovici, qui évoque «une «captation sémantique», mais «un Mitterrand n’en vaut pas un autre». Et d’ajouter: «Tout Mitterrand n’est pas synonyme de socialisme et je n’ai pas remarqué que Frédéric Mitterrand se soit illustré par des états de service à gauche. C’est l’appropriation d’un nom pris dans un dico.» «Ce n’est pas de l’ouverture», dit Moscovici, cette nomination d’un ministre «qui n’est pas un homme de gauche», écrit Le Journal de la Haute-Marne. Tandis que, pour Ouest France, «Nicolas Sarkozy s’offre là un patronyme qui est aussi une marque prestigieuse et signifiante en direction du monde de la culture et des jeunes, même s’il n’est pas socialiste».

La presse française, avec ce «coup Mitterrand qui va marquer les esprits» (La Nouvelle République du Centre-Ouest), s’accorde en général à souligner que ce «remaniement s’avère de plus grande ampleur que prévu». Mais «l’ouverture, c’est fini», estime La République des Pyrénées, «même si la nomination de Frédéric Mitterrand fait effet d’optique, celui-ci n’ayant jamais caché ses opinions de droite». Plus poétique et d’une ironie mordante, Le Dauphiné libéré y voit «une passerelle entre Barbelivien et La Princesse de Clèves ».

Quelques autres titres, pour terminer: «Un ministre médiatique à la Culture», pour Les Echos; «Un Mitterrand en Sarkozie» pour France-Soir et «Les nouvelles prises de guerre de Sarkozy» pour La Tribune. Enfin, pour la bonne bouche, on n’oubliera pas les satiriques «petites surprises du chef», cuisinées par Bakchich-Info. Et s’il ne fallait retenir qu’un seul dessin de presse, on dira que c’est celui d’Herrmann dans la Tribune de Genève, où l’on voit Frédéric se recueillant sur la tombe de François en lui demandant: «Tonton, pourquoi tu tousses?»