Sécurité. S'il y a un mot qui revient de façon quasi obsessionnelle dans la bouche de tous les dirigeants de Microsoft, c'est bien celui-ci. Depuis mi-janvier 2002, date du lancement par Bill Gates de l'initiative Trustworthy computing (Informatique de confiance), le numéro un mondial des logiciels s'est lancé un défi de taille: éradiquer du monde numérique toute trace de virus, ver, pirate informatique, copie illégale ou encore spam. Un inventaire à la Prévert pour une initiative a priori louable, mais qui attire à Microsoft une avalanche de critiques. La firme de Redmond voudrait, à en croire ses détracteurs, s'immiscer dans les ordinateurs de ses clients pour en connaître les moindres agissements.

Sa stratégie, Microsoft a une nouvelle fois tenté de l'expliquer la semaine dernière lors du Comdex de Las Vegas, premier salon mondial dédié au multimédia. Parmi les responsables du groupe à s'exprimer figurait Peter Biddie, l'homme qui incarne à lui seul la nouvelle ligne de Microsoft. Il est en effet à la tête du programme Palladium. Selon la mythologie grecque, une statue représentant la déesse Athena chargée de protéger la ville de Troie portait le nom de Palladium. A l'image de Troie, Microsoft s'est ainsi fixé comme but de protéger entièrement chaque ordinateur. Comment? En intégrant une puce physique, développée par AMD et Intel, à tous les PC, permettant de créer un petit univers parallèle sécurisé. Palladium, disponible vers 2005, serait basé sur trois modules: un système d'authentification des communications, un système de cryptage des données et un système de contrôle de l'accès personnel et des droits numériques. Microsoft assure qu'il sera possible d'empêcher le spamming, de stopper vers et virus, et de préserver la vie privée de l'utilisateur.

Le hic, c'est que la moindre initiative de la firme de Redmond est désormais accueillie avec un mélange de scepticisme et de suspicion par la communauté informatique. Certains experts se demandent si l'initiative Palladium n'est pas avant tout destinée à préserver la sécurité, non pas des utilisateurs, mais des éditeurs de logiciels et des majors de la musique et du film. Ainsi, un éditeur de musique pourra savoir si l'ordinateur d'un client dispose de protections anticopie, avant de lui permettre de télécharger de la musique. La gestion sécurisée des e-mails est aussi remise en question. Il sera possible de lier aux courriers électroniques des clés numériques permettant de les déchiffrer. Une entreprise qui veut éviter que des e-mails compromettants soient présentés devant un tribunal pourra ainsi faire disparaître les clés numériques, rendant ces e-mails illisibles.

Plus globalement, beaucoup de clients de Microsoft craignent que le géant ne soit tenté de pénétrer dans leurs ordinateurs pour vérifier qu'il ne contienne ni fichiers téléchargés illégalement, ni logiciels piratés. Le numéro un des logiciels se montre certes rassurant, indiquant sur son site consacré à Palladium (accessible depuis www.letemps.ch/palladium) que le programme ne sera pas fouineur et que les systèmes seront commercialisés avec Palladium désactivé. Une réponse qui ne suffit pas à lever tous les doutes. Même si Microsoft affirme qu'il n'imposera pas son système à ses utilisateurs, il risque de créer une fracture dans l'univers PC. Certains éditeurs pourraient ne développer des produits que pour l'univers Palladium, forçant de facto les réfractaires à l'adopter.

Même si Microsoft dispose d'une réponse à chaque critique, la confiance en l'éditeur semble aujourd'hui en recul. Récemment, des spécialistes se penchaient sur les licences du logiciel de mise à jour automatique de Microsoft, contenu avec les Services Packs 2 pour Windows 2000 et XP. Des licences qui pourraient autoriser le groupe à bénéficier d'un droit de regard dans les ordinateurs de ses clients lorsque ceux-ci cliquent sur le bouton «Accepter» durant l'opération de mise à jour.