Rendez-vous parmi les plus courus de la grille de la TSR, ABE draine en moyenne 295'000 téléspectateurs. En version automne 2000, l'émission opte pour une esthétique affinée: décor noir, blanc et aluminium, lignes graphique et musicale épurées.

Les collaborations avec son homologue alémanique Kassensturz seront intensifiées et le nombre de reportages internationaux augmenté. Une rubrique «sondage» et «publicité» feront leur apparition. Interview à bâtons rompus avec Isabelle Moncada (présentatrice et productrice éditoriale), Romain Guélat (réalisateur) et Mirko Dal Zotto (décorateur).

Le Temps: Pourquoi ce changement de look?

ABE: «Après six ans, l'ancien décor était physiquement usé, explique Isabelle Moncada.

Tout se déglinguait.». «Cela fait plus d'une année qu'on en parlait», complète Romain Guélat. «L'idée était de conserver l'image actuelle de l'émission, sobre, précise Mirko Dal Zotto. Mais enrichie d'un peu plus de poésie.»

– Le code-barres va-t-il disparaître?

– «On s'est posé la question, confirme Romain Guélat. Finalement on le garde.» «On colle un peu aux effets de mode, précise Mirko Dal Zotto. L'Asie, et surtout le Japon sont très en vogue.». «Mais cela ne sera pas une révolution, précise Romain Guélat. On va simplement accentuer et développer des changements introduits depuis mon arrivée sur l'émission en début d'année.»

– Décor épuré, images dédoublées, utilisation du noir et blanc: ne craigniez-vous pas les réactions négatives du public?

– «Je reçois déjà pas mal de lettres», confirme Romain Guélat. Au style et à la calligraphie, elles émanent visiblement d'un public plutôt âgé. Ce sont surtout la double image et le noir-blanc qui sont critiqués. La hiérarchie est au courant, mais tant que l'audience est bonne, il n'y a pas de raison qu'elle intervienne. Quoi qu'il en soit, je pense qu'à l'heure du zapping et pour conquérir et garder un public jeune, nous devons absolument développer un «langage image facilement et rapidement identifiable.»

– Vous envisagez de sortir du studio?

– «Oui, une fois par mois, pour éviter la sclérose, s'exclame Isabelle Moncada. Cela nous permettra de faire voir des lieux que le public ne connaît pas et qui pourtant sont stratégiques par rapport aux thèmes que nous abordons: centrale d'achat, usine d'incinération. L'émission est très technique. En studio, on passe à côté de choses importantes que l'image en décor naturel permet d'apporter. Mais pour l'instant, nous en sommes encore au stade des négociations pour obtenir les budgets. On espère pouvoir commencer à sortir après Noël.»

– Mais est-ce que cela n'est pas contradictoire avec la volonté de créer un langage image estampillé ABE?

– «Non car le langage image, ce n'est pas seulement la manière de filmer les interventions d'Isabelle en plateau, explique Romain Guélat. Elles ne représentent que 6 minutes sur les 20 de l'émission. Ce que je souhaite c'est que les reportages aient eux aussi un style ABE plus marqué.»