«Je ne pense pas que je m'en irai sur la pointe des pieds… Je m'envolerai.» Ces propos concluaient la dernière interview que Charles Trenet avait accordée à France Inter, largement reprise lundi, peu après l'annonce de son décès. La nouvelle de cet «envol» a été fortement appuyée, en plein milieu de la revue de presse de Pascale Clark, et a tout de suite revêtu l'ampleur d'un deuil national. Ce qui s'est traduit par le chambardement des programmes du matin, rendu possible par le fait que plusieurs séquences avaient manifestement déjà été préparées. Car ce deuil était plus sensible encore pour une station de radio: le «fou chantant» fut aussi l'un des premiers chansonniers à s'acoquiner avec le nouveau média. Plus encore que les cabarets dans lesquels ils débutèrent, l'auteur de «Boum» et ses contemporains ont bénéficié des jeunes stations de radio qui ont donné à leur carrière une dimension alors inédite. Charles Trenet fut peut-être le dernier de ces mohicans dont le parcours a, pour un temps au moins, épousé celui de la radio. Avant de la servir à son tour: avec 900 titres déposés, il aura nourri le média autant qu'il en aura vécu.