En diffusant, vendredi sur France-Inter, une interview du sous-commandant Marcos en pleine marche sur Mexico, Daniel Mermet a réussi l'un de ces jolis «coups» dont il a le secret. Il a aussi réaffirmé sa passion de la radio par un grand moment de la vie des ondes. Documenté, fait d'éclairages sur la vie de ces Indiens dont Marcos demande l'autonomie, le reportage ne vedettarisait pas exclusivement celui-ci tout en lui donnant la parole. Le discours est certes discutable, quand par exemple le «sous-commandant» met tous les œufs de l'antimondialisation, y compris José Bové, dans le panier de sa lutte – de la libération du Chiapas à la défense moustachue du roquefort, le raccourci planétaire est plutôt réducteur. Mais l'occasion était donnée d'entendre Marcos sans le voir, sans le passe-montagne et la cagoule brandis malgré la chaleur mexicaine. La vision, ici, brouillerait le propos en renvoyant à une imagerie folklorique nourrie par les poseurs de bombes corses. Marcos, qui donne une dimension multimédia maximale à ses faits et gestes, y compris via Internet, n'a jamais été aussi audible qu'à travers le plus simple d'entre eux, la radio.