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Est-on en plein «chaos» de l’asile? Pas pour tous. Une nouvelle solidarité s’organise

Malgré le contexte tendu et les pressions politiques, des initiatives positives en faveur des migrants émergent. Accueillir des requérants chez soi ou leur faciliter l’accès au travail, deux nouvelles tendances

Le «chaos» de l’asile? Pas pour tous

Migration Malgré les pressions politiques et un contexte tendu, des initiatives positives en faveur des migrants émergent

Accueillir des requérants chez soi ou leur faciliter l’accès au travail sont deux nouvelles tendances

«Le Temps» a recueilli plusieurs témoignages

Et si on prenait un réfugié à la maison? Tendu, le climat autour de l’asile est exacerbé en année électorale; l’UDC ne cesse de parler de «chaos» pour critiquer la réforme mise en place par Simonetta Sommaruga, prétend que les Erythréens peuvent être renvoyés dans leur pays et qu’il faut des centres pour requérants fermés. Mais malgré les pressions politiques, malgré les préjugés qui circulent, des initiatives positives en faveur des migrants émergent.

Il y a ceux qui décident d’ouvrir leurs portes pour en héberger, chez eux, à la maison. Et d’autres qui estiment qu’il faut leur faciliter l’accès au marché du travail. Et ce ne sont pas forcément des gens déjà proches des milieux de défense des migrants qui décident de faire ces gestes, comme le prouve par exemple le témoignage du millionnaire vaudois Patrick Delarive (lire ci-dessous).

Le drame syrien et l’exode érythréen ravivent les élans altruistes. Dans les faits, la Suisse connaît bien une augmentation des demandes d’asile, avec 20% en plus de janvier à juillet 2015 par rapport à la même période l’an dernier. Mais, en comparaison, cette hausse est de 71% pour l’UE, vient de rappeler le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM). C’est dans ce contexte que des Suisses décident de réagir.

Fin 2013, l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) a lancé son projet pilote pour accueillir des requérants chez soi. Une opération à triple but: soulager les structures d’accueil, désamorcer les préjugés et permettre, grâce à une meilleure intégration, de raccourcir le temps qu’ils passent à l’aide sociale. Suite à un appel diffusé dans le Blick, l’OSAR a dans un premier temps pu compter sur 150 familles intéressées. Toutes alémaniques. L’opération a petit à petit essaimé en Suisse romande, et elle commence tout juste à se mettre en place, non sans peine. Car des conventions doivent être signées avec les cantons concernés. Les démarches administratives sont lourdes, prennent parfois plusieurs mois. Le modèle de l’OSAR prévoit que les familles d’accueil s’engagent pour six mois, reconductibles. Selon les directives cantonales, les hôtes peuvent percevoir une contribution financière. Genève vient d’entrer dans la danse, en juin.

Plus de 500 familles seraient aujourd’hui prêtes à accueillir des migrants; une «demi-douzaine» le font déjà, précise le porte-parole de l’OSAR, Stefan Frey. Mais d’autres personnes en accueillent également, sans passer par l’organisation. Simplement avec l’accord des autorités locales concernées. L’hébergement chez des particuliers n’est pas un concept totalement nouveau. Une action «places gratuites» avait déjà été lancée après le coup d’état chilien en 1973.

Autre initiative: faire travailler les migrants. Il y a bien sûr les programmes d’occupation, peu rémunérés (une trentaine de francs par jour). Des requérants s’adonnent à des travaux d’utilité publique, comme le nettoyage de rivières ou la remise en état de chemins pédestres. Pour ce qui est d’une vraie activité lucrative, un requérant n’a le droit d’en exercer une qu’après les trois premiers mois qui suivent le dépôt de sa demande. Passés ces trois mois, il reçoit une autorisation provisoire, «pour autant que la conjoncture économique et la situation sur le marché du travail le permettent».

L’accès au marché du travail reste donc très difficile. Les employeurs sont souvent réticents. Les chiffres sont cruels: seulement un tiers des réfugiés et des personnes en admission provisoire trouvent un travail durant leurs premières années en Suisse. Et plus de 70% des réfugiés reconnus avec un permis B sont à l’aide sociale.

Là aussi, des projets visent à améliorer la situation. Ils germent dans la tête de particuliers, mais pas seulement. L’Union suisse des paysans vient de lancer un projet pilote de trois ans, avec le SEM, pour engager des réfugiés et des requérants admis provisoirement dans les exploitations agricoles. Dix fermes dans sept cantons tentent l’expérience, avec quinze migrants à l’aide sociale. Une situation «win-win», qui pourrait bien être en passe d’en séduire beaucoup d’autres . Dans Schweiz am Sonntag, le président du PLR, Philipp Müller, se prononce sur la politique d’asile. «Il faut lui donner une nouvelle orientation et s’éloigner de l’idée que les réfugiés doivent être admis provisoirement sous prétexte qu’ils pourront en principe rester ici. Cette doctrine est fausse. […] Les réfugiés de guerre doivent être accueillis, mais le but doit être de leur permettre de rentrer chez eux quand la situation s’améliorera», analyse-t-il. Il mise sur le statut de la «protection provisoire» prévu par la loi. (B. W.)

Une meilleure intégration permet de réduire le temps passé à l’aide sociale

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