Dans une situation caractérisée par des révélations quasi quotidiennes concernant des abus sexuels commis par des prêtres sur des mineurs, il était difficile d’échapper à l’exercice. Mercredi, à Berne, la Conférence des évêques suisses (CES) a donc exprimé devant les médias sa «honte» et «une profonde consternation» face à de tels actes. «Nous avouons humblement avoir sous-estimé l’ampleur de la situation, a déclaré M gr  Norbert Brunner, évêque du diocèse de Sion et président de la CES. Les responsables dans les diocèses et les ordres religieux ont commis des erreurs. Nous demandons pardon pour ces erreurs.»

L’évêque a, d’une part, encouragé les victimes à s’annoncer auprès des centres de consultation diocésains, des institutions indépendantes prévues à cet effet et, «le cas échéant, à porter plainte. Nous estimons important qu’une transparence totale soit faite sur le passé.»

D’autre part, il a prié les auteurs d’abus qui sont sous la responsabilité de l’Eglise – que ceux-ci soient prêtres, religieux ou laïcs – «d’assumer leurs fautes et de s’annoncer à l’autorité compétente». C’est-à-dire soit aux évêques ou à leurs représentants, soit aux supérieurs de leurs ordres s’il s’agit de religieux, soit aux autorités civiles.

La CES se penchera sur la création d’une éventuelle liste centrale des prêtres pédophiles lors de sa session ordinaire du mois de juin. Elle ne consacrera donc pas de session extraordinaire à ce sujet, comme l’avait suggéré récemment l’abbé Martin Werlen, prieur de l’abbaye d’Einsiedeln. Pour les évêques, «la question la plus importante et la plus urgente est le traitement des cas d’abus annoncés» ces derniers temps.

Améliorer l’information

Dans une interview publiée par Le Matin dimanche, la présidente de la Confédération Doris Leuthard a aussi réclamé la création d’une liste centrale des prêtres pédophiles. Mais Mgr Brunner n’y est pas forcément favorable. «Le plus important pour moi, mais aussi pour d’autres évêques, c’est d’arriver à une information réciproque complète et automatique entre les évêques, entre les diocèses, et entre les diocèses et les ordres et congrégations religieux.» «Je ne sais pas si une liste nationale ou internationale est le meilleur moyen d’atteindre ce but, a poursuivi l’évêque. La création de ce genre de liste est assez controversée, pas seulement dans l’Eglise mais aussi dans les institutions civiles.» Et pour être utile, encore faudrait-il qu’elle soit complète, a dit Mgr Brunner.

Le président de la CES souhaite également améliorer la collaboration entre les diocèses et les ordres religieux au plan international. «Les responsables doivent avoir la certitude que leurs collaborateurs et collaboratrices sont intègres.» A la suite d’une question, l’évêque a précisé sa pensée sur ce thème, qui fera partie de l’ordre du jour de la session de juin. Un prêtre ne peut quitter un diocèse pour un autre sans l’accord de son évêque et de celui du diocèse qui l’accueille, a-t-il expliqué. Avant tout déplacement, un échange d’informations a obligatoirement lieu entre les évêques concernés. L’obtention d’informations n’est cependant pas toujours possible lorsque le prêtre vient de l’étranger.

La conférence de presse était aussi l’occasion de rappeler l’existence des directives sur les «abus sexuels dans le cadre de la pastorale», adoptées par les évêques en 2002 et rééditées en 2009. Lors de la session de juin, la CES examinera à nouveau leur pertinence actuelle et l’éventuelle nécessité de les compléter. Elle se penchera notamment sur le recours à la justice. Les autorités ecclésiastiques ne dénoncent pas systématiquement les coupables d’abus, notamment si une victime s’oppose à une telle démarche. Cependant, dans le cas d’une affaire grave, s’il craint une récidive et s’il n’y a pas d’autre possibilité, l’évêque peut dénoncer un abuseur à la justice civile dans un but de prévention, a précisé le président de la CES.

Interrogé sur le célibat des prêtres, Mgr Brunner a nié tout lien entre cette discipline propre à l’Eglise latine et la pédophilie. Si cette question est débattue parmi les prêtres et les évêques, elle n’est pas à l’ordre du jour à Rome.